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Homo erectus ascensionnel

Chapeau : Alors qu'il est invité à une exploration artistique de la ville par le Grand Café de Saint-Nazaire, Neal Beggs constate ; « il n'y a pas de montagne à Saint-Nazaire. » Sauf qu'une vétille géologique ne saurait empêcher l'artiste britannique de s'adonner à l'escalade.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Rubrique : Espace critique
Rubrique : 26

Neal BEGGS plasticien
Patricia BRIGNONE rédacteur

Texte : C'est sans doute parce qu'à première vue rien ne semble rapprocher la ville de Glasgow de Saint-Nazaire où il expose actuellement, que Neal Beggs y a proposé ce titre aussi laconique qu'incongru : There are no mountains in Saint-Nazaire. Une étrange mise en résonance qui trouve sa source dans l'impératif qu'a Neal Beggs de se hisser au-dessus des choses. Homme des villes, l'artiste affectionne les hauteurs et les affronte quotidiennement. Mais, non réductible à l'appréhension du monde par le haut, l'escalade, davantage qu'un simple loisir, semble le constituer comme artiste. Surface action, sa pièce maîtresse et matricielle se présente sous la forme d'une action filmée en vidéo, en l'absence de tout public. L'artiste y apparaît crapahutant, à grand renfort de coups de piolets et de chaussures à crampons, évoluant sur toute la longueur d'un mur nu et blanc d'une vingtaine de mètres. Ce n'est cependant pas tant cette dimension de l'effort, ou du défi sportif – bien réel – qui donnent à ce geste sa teneur, mais sa décontextualisation ou plutôt sa recontextualisation, voire le glissement de sa portée symbolique au cœur du sacro-saint white cube. Le spectateur confronté à cette projection a le sentiment ambivalent d'assister à un parcours physique intense, perçu toutefois par le filtre du différé qu'accentue le dispositif (déplacement d'une action dans un espace différent ayant nécessité la construction d'un mur spécialement conçu pour en accueillir l'image projetée). L'impression de progression inéluctable qui s'en dégage est d'autant plus forte qu'elle est rythmée par la scansion amplifiée des bruits secs portés à la paroi. Ces deux effets conjugués ravivent la présence physique de l'artiste aux prises avec un espace et une durée réels, tout en nous confortant dans l'idée de sa mise en scène.
Cette idée de mise à distance, de recadrage, trouve son prolongement dans la dernière version montrée à Saint-Nazaire (la quatrième du genre) dans l'intention de présenter, parallèlement à la projection de l'action, son making of, livrant là les conditions d'un tournage habituel avec ses incontournables réglages en tout genre. C'est dans ce déphasage instauré entre la notion d'expérience intime, véhiculée par l'action initiale, et sa transposition que se loge le sens même de l'acte artistique.


Date de publication : 01/01/2004


Mots-clés : réalité, performance, nostalgie
Inséré le : 26/04/2004 00:00
Thèmes : arts plastiques, arts visuels,