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Un souffle de comédie
Chapeau : En entomologistes de l'esthétique contemporaine, Odile Darbelley et Michel Jacquelin poursuivent leur
Grand Feuilleton ; tandis que Jean-François Sivadier déniaise l'univers de l'opéra. Quand le superflu dit l'essentiel.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : 26
Bruno TACKELS rédacteur
Odile DARBELLEY Metteur en scène
Michel JACQUELIN Metteur en scène
Jean-François SIVADIER Metteur en scène
Texte : Dans un texte intitulé
« Dix Thèses sur le théâtre », publié il y a une dizaine d'années dans
Les cahiers de la Comédie-Française, le philosophe Alain Badiou regrettait l'absence presque totale du genre de la comédie sur les scènes du théâtre français. Contestable sur bien des points, ce texte avait au moins le mérite d'un juste constat : depuis Aristote, la comédie est pensée comme un genre mineur, et le XXe siècle n'a pas franchement contredit ce doux mépris, en cultivant majoritairement les nobles formes du drame, aussi diverses soient-elles.
Or, il semble bien que la dernière décennie amorce un retour de la comédie, ou du moins s'autorise un souffle de comédie qui passe les genres, et ouvre le théâtre vers des zones marginales, voire ostracisées par
« le théâtre d'art qui aura décidément dominé, sous diverses formes, tout le XXe siècle théâtral. On aurait pu aborder ici la forme du
One-man-show revisité par la force prodigieuse d'acteurs hors-normes comme Michel Fau ou Bertrand Brossard. Ou alors celle du cabaret, réappropriée dans des univers esthétiques aussi différents que ceux de Jean-Michel Rabeux, Michel Didym, les Lucioles ou la Miss Knife d'Olivier Py. On pourrait évoquer ici l'étrange et récurrent recours aux comédies de Labiche, et surtout Feydeau (pour la génération des années quatre-vingt-dix) : Georges Lavaudant, Jean-Baptiste Sastre, Lukas Hemleb, Rabeux encore, Stanislas Nordey et bien d'autres. Il y aurait aussi beaucoup à dire sur certaines figures qui hantent le théâtre d'Olivier Py, Valère Novarina ou Jean-François Peyret, figures qui échappent totalement aux codes tragiques dominants, à la fois totalement ordinaires et entièrement allégoriques. Il faudrait également revenir sur les dernières pièces-pochades d'Eugène Durif, et relire l'œuvre décalée du regretté Armando Llamas, les creusements telluriques de Valère Novarina ou les performances insensées des TG Stan à partir du
Paradoxe du comédien de Diderot.
Il s'agira ici de ne retenir que deux projets atypiques, et en apparence très différents, mais qui partagent en réalité beaucoup plus qu'une actualité commune de fin d'année. On peut même y trouver dessinée l'esquisse d'une comédie renouvelée et restituée dans sa force de pensée. Car c'est bien l'enjeu du binôme Odile Darbelley/Michel Jacquelin, ainsi que du groupe d'acteurs réunis par Jean-François Sivadier – penser le théâtre en prenant par ses petits côtés, en apparence anodins, ordinaires, et y faire voir des pépites d'humanité préservée, et mises à l'abri provisoire du rire.
Date de publication : 01/01/2004
Mots-clés : comédie, comédien, création
Inséré le : 26/04/2004 00:00
Thèmes : théâtre,