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Cherchez la femme!
La danse est-elle sexuée?
Chapeau : Après avoir été, selon Aragon, l'avenir de l'homme, la femme est-elle l'avenir de la danse ?
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : analyse (Mots-clés : )
Genre Ressource : texte d'analyse
Apparence :
Jean-Marc ADOLPHE rédacteur
Susanne BUIRGE chorégraphe
Loïe Fuller chorégraphe
Martha GRAHAM chorégraphe
Karine Saporta chorégraphe
Mary Wigman chorégraphe
Anne Teresa de Keersmaeker chorégraphe
Rudolf Laban théoricien
Texte : Après avoir été, selon Aragon, l'avenir de l'homme, la femme est-elle l'avenir de la danse? Il faut s'y faire. La danse est sexuée. On comprend bien l'élan qui pouvait porter un Mallarmé à proclamer: «la danseuse n'est pas une femme qui danse» mais «la Fleur d'abord de (notre) poétique instinct»... Mais l'amour de l'abstraction vertigineuse, trait pour trait, oblige t-il à nier les attributs d'une féminité parfois dévorante? Il me souvient une danseuse de flamenco, la Presci, invitée à enseigner un cours à Paris et qui, un jour de grande colère, releva sa jupe devant une élève médusée et lâcha d'une voix grave et campée: «bailar flamenco, es enseñar su coño», c'est-à-dire, littéralement, «danser le flamenco, c'est montrer son con!». -«Mais pas comme ça», ajouta t-elle. Et, rabattant sa jupe, elle libéra une infime ondulation du bassin. «Así!» (Comme ça). Étourdissante leçon de danse (et de vraie séduction). Martha Graham disait bien, jadis, que l'impulsion du mouvement venait du vagin (on comprend la lassitude d'un Merce Cunningham, l'un des premiers danseurs masculins de la compagnie).
Ah, le corps impur de la femme... Certains ne s'en remettent pas. Dans un petit texte au vitriol,
La Ballerine, Gunther Grass s'en prend méchamment à la danseuse expressionniste, qui n'aurait de cesse que d'exprimer ses tourments de femme entre deux fausses couches! Entre procréer et créer, y a t-il un tel hiatus? Inutile de tomber dans un féminisme revanchard. Il suffit de rappeler une évidence. L'invention de la danse moderne, au début du XXe siècle, est une affaire de femmes: Ruth Saint-Denis, Isadora Duncan, et même Loïe Fuller en Amérique, Mary Wigman en Allemagne. Certes, les hommes ne sont pas bien loin. Des prestigieux amants d'Isadora à Rudolf von Laban, premier «théoricien» de la danse moderne aux côtés de Wigman, en passant par Ted Shawn, mari et partenaire de Ruth Saint-Denis, la tentation est grande de scinder l'émergence du mouvement en deux camps: l'invention (puisque intuitive) du côté de la femme; la théorie (puisque rationnelle) du côté de l'homme. Sauf que c'est autrement plus compliqué... Sans risquer l'anathème, on peut avancer qu'il y a tout simplement, dans la danse, un mouvement de balancier permanent entre du «féminin» et du «masculin». Bien plus qu'une question de genre, c'est une affaire de polarités: tension, énergie, poids, gravité; tout ce qui fait la saveur d'une présence au monde.
Date de publication : 06/02/2002
Mots-clés : femme, danse, nomade
Inséré le : 06/02/2002 00:00
Thèmes : danse, histoire,