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Une discrimination positive
Chapeau : Depuis vingt ans, Jean-Claude Pareja est attentif aux spectacles adressés « aussi aux enfants ». Le directeur artistique de Très Tôt Théâtre défend « une vraie signature singulière » et travaille avec des compagnies comme Voix Off et Gare Centrale.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : entretien (Mots-clés : )
Genre Ressource : entretien
Apparence :
Rubrique : 27
Naly GERARD rédacteur
Jean-Claude PAREJA directeur de structure
Texte : Que révèle le dédain suscité par le théâtre « jeune public » ? Jean-Claude Pareja : La question de l'adresse aux enfants dans le théâtre est importante, c'est leur place dans la société qui est en question. Il faut se battre pour que ça ne ressemble pas à de l'exclusion. Ne va-t-on leur concéder que la télé et l'école ? Quelle alternative on pose, équivalente à celle qu'on donne aux adultes ? Avec ce public-là, on doit être encore plus vigilant, plus exigeant : ils ont moins de discernement que les adultes. Alors, on les gave ou on les nourrit ? Et de quoi les nourrit-on ?
Les enfants ont-ils besoin d'un langage théâtral spécifique ?Je ne crois pas qu'on conçoive un spectacle « pour » les enfants. Il n'y a sans doute pas de langage spécifique pour s'adresser à l'enfance, mais une intention à avoir dans l'adresse, savoir qu'on va être entendu par un large public. Il faut être le plus sincère possible, et ne pas adopter un langage enfantin : les enfants voient bien qu'on ne mesure pas un mètre trente mais un peu plus. Je pense qu'ils attendent un discours d'adulte, qui leur soit adressé... aussi. Je n'exclue pas qu'il y ait des artistes qui aient envie de s'adresser exclusivement à des adultes, mais souvent, ça ne leur est jamais venu à l'esprit qu'il y avait aussi des enfants dans la société. J'aimerais qu'il y ait plus de gens, de ceux qui ont des choses à dire, qui pensent à l'enfant et qui se disent que ce qu'ils font pourrait l'intéresser.
Que faudrait-il pour faire changer la situation ?Il y a de plus en plus de propositions artistiques, et d'aventures locales autour du jeune public mais pas beaucoup de traits d'union au niveau national. Les Centres Nationaux Dramatiques pour l'enfance et la jeunesse ont été sabordés ou supprimés, et c'est lamentable. Il est temps de mettre en place une discrimination positive avec un véritable fond de soutien à la création en direction du jeune public. Jusqu'à présent, il y a eu une discrimination négative : beaucoup d'argent pour le théâtre et des miettes pour le jeune public. Il y a un peu d'équité à rétablir. Un fonds de soutien signifie aussi se poser les questions de la production, des résidences, de l'évaluation... Je ne veux pas tomber dans le ghetto du jeune public, mais faute d'avoir cette étiquette, personne ne s'en occupe au ministère de la Culture. Si pour exister il faut avoir un genre, alors on va se donner un genre...
Date de publication : 01/03/2004
Mots-clés : enfant, spectacle
Inséré le : 27/04/2004 00:00
Thèmes : théâtre,