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Le réel, paradis perdu
Chapeau : Les mises en scène de Jean Lambert-wild constituent des curiosités dans le paysage théâtral. Dans
Crise de nerfs – Parlez-moi d’amour…, sa dernière
Confession, il installe à nouveau un onirisme mystérieux. Une esthétique qui altère la réalité.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : critique (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : 27
Mari-Mai CORBEL rédacteur
Jean LAMBERT-WILD Metteur en scène
Jean-Luc THERMINARIAS compositeur
Texte : Par goût pour les mots justes, l’auteur et metteur en scène Jean Lambert-wild préfère se définir comme poète et scénographe. Poète, il s’est senti « appelé » après avoir déchiffré une figure ésotérique qui s’était imposée à lui ! Elle inventoriait l’œuvre à réaliser, et cela, de façon très précise : Trois Confessions, trois Mélopées, trois Épopées, deux Exclusions, quelque trois cent vingt-six Calentures (crise de folie qui s’empare des marins pour les jeter à la mer) et un Dithyrambe.
« Je fais de la cryptozoologie » dit Jean Lambert-wild. Cet appel reçu par le poète s’attache donc à révéler le monde de l’indicible, du caché. Son écriture, sur le mode d’une crise pythique, est produite d’un jet. Les vers
« Méduse échouée/En pleurs d’oasis perdus/J’attends d’être aspiré » dans
Crises de Nerfs – Parlez-moi d’amour, sa seconde Confession et dernière mise en scène, illustrent cette valeur oraculaire de textes qui hèlent un réel fuyant.
Conscient du décalage produit par de cette réalité autre, il nourrit ses performances d’auto-dérision (se jeter contre un mur en philosophant, répondre à la torture aux trois cent vingt-six questions d’un critique d’art…) et teinte ses mises en scène d’une ironie discrète où se mêlent le grave et le léger. Dans
Spaghetti’s Club, Jean Lambert-wild et le compositeur Jean-Luc Therminarias se saisissaient du cas de Richard R. (condamné à mort aux États-Unis pour avoir étripé sa femme à cause de pâtes trop cuites) sans jamais verser dans l’interprétation et le jugement édifiants. Ainsi contrastaient d’un côté la démesure d’un criminel féru de John Cage et confronté à la loi américaine aussi implacable qu’un Créon, et de l’autre, une esthétique digne du dessin animé. Le ténor David Moss adoptait un débit accéléré et une tessiture suraigüe, tandis que Bénédicte Debilly figurait une fan de Marilyn dans des brumes acidulées. Dans ce quasi opéra, l’humour noir et les combinaisons de caractères alphabétiques insinuaient un double jeu du réel, où coïncident le tragique, le présent et la perte de signifiance.
Crise de nerf - Parlez-moi d'amour est présenté du 8 au 20 juin 2004 à la MC 93 de Bobigny.
Date de publication : 01/03/2004
Inséré le : 27/04/2004 00:00
Thèmes : théâtre,