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La danse africaine sort du cercle


Rencontres de Tananarive à Madagascar



Les récentes Rencontres de Tananarive ont confirmé l'évolution de la jeune danse africaine.


Soixante-trois compagnies de vingt-quatre pays s'étaient portées candidates pour les rencontres de danse africaine en création, à Tananarive (Madagascar), du 5 au 11 novembre, initiées par l'Agence française d'action artistique (AFAA). L'engouement fait désormais tâche d'huile, au-delà des pays précurseurs, tels le Burkina Faso où se développe un courant dans le sillage des pionniers Salia Sanou et Seydou Boro; ou l'Afrique du sud, qui «bénéficie» de l'héritage paradoxal des structures chorégraphiques à l'anglo-saxonne qui furent le propre des artistes blancs.
Loin de ces modèles, la compagnie des Jeunes tréteaux a frappé les esprits, avec une composition hallucinée, proche du butô, toute à la brûlure d'un Tchad désertique, isolé et meurtri.Toutefois sa pièce ne figure pas au palmarès dressé par le jury présidé par le sculpteur Ousmane Sow.
Les lauréats en ont été la compagnie sudafricaine Inzalo, où l'enfant de Soweto Sello Pesa ordonne avec détermination un trio abstrait, à la frange de l'obscurité et de la lumière, proche des canons de danse contemporaine occidentale.
En troisième position: les Burkinabés de Kongo Ba Teria, typiques de l'influence mentionnée ci-dessus (une danse aux longs muscles, et au récit tourmenté de spiritualité). Parvenue seconde, la compagnie locale Rary a semblé la plus énigmatique et détachée des codes africains ailleurs répétés (prédominance virile, forte accentuation rythmique, prégnance du récit ou de la thèse, scénographie néo-traditionnelle).
Madagascar se tourne plus volontiers vers l'Océan indien, et fût-ce au prix d'une certaine naïveté, la compagnie Rary produit une danse délicate et rêveuse, en progrès remarquable si on compare avec sa piètre prestation voici deux ans.
Ce plateau de trois compagnies, tout en diversité fort équilibrée, sera en tournée française de deux mois. Cette forme de prix s'est substituée cette année aux dotations en argent, qui s'étaient révélées parfois déstructurantes et sans lendemain. En revanche, tous les participants se sont vu offrir un budget préparatoire préalable, visant à les consolider dans leur démarche. De même, des stages d'administration, ou d'écriture sur la danse, étaient proposés.
Sous la direction artistique de Salia Sanou, ces aménagements témoignent d'un souci d'évolution dans la jeune danse africaine. Il s'agirait de mieux l'armer pour l'affranchir de sa fascination pragmatique et obligée pour les opportunités offertes par l'Occident développé. De cette position découle en effet un débat qui se fait stérile parce que lancinant, sur la dose de tradition à préserver au sein d'une danse contemporaine qui reste encore à définir; et sur la nécessaire proclamation d'une identité emblématique, qui cependant n'oublierait pas de continuer de séduire les donneurs d'ordre esthétique de l'ex puissance coloniale. «Ne nous enfermons pas dans un nouveau ghetto, fût-il mental», avertit Salia Sanou.

Gérard MAYEN,

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : Afrique, danse, contemporanéité, tradition,
Artiste(s) : Gérard MAYEN (rédacteur), Salia Sanou (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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