Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

«Les moines de poussière» de Xavier Zimbardo


Les photographies retrouvées



Lorsque Xavier Zimbardo trouva dans un monastère russe d'anciens portraits photographiques, son oeil d'artiste les reconnut immédiatement pour bien plus que le témoignage historique qu'elles apportaient.


«Dans une pièce attenante à l'atelier de restauration du père Pavlos, je découvris un trésor de très vieilles photographies. Elles étaient de la taille approximative de celles que nous portons sur nos passeports. A l'oeil nu ces photos semblaient à peu près normales. Simplement assez endommagées et souffrant de microscopiques craquelures. Je leur ai prêté une attention particulière car je promène toujours sur moi un compte-fils au travers duquel je découvre des univers étourdissants et insoupçonnés. Observant ainsi ces petites images de très près, je découvris que les visages de ces moines étaient faits de. . . poussière.»


Bénéficiaire d'une résidence d'artiste de l'AFAA au Mont Athos en 1997, le photographe Xavier Zimbardo s'y était rendu émerveillé de voir s'ouvrir à lui les portes d'un des lieux les plus sacrés et mystérieux du continent. On lui avait permis de séjourner plusieurs semaines au SKITe de Saint André, un monastère russe qui abrita au début du 20e siècle plus de 700 moines. En octobre 1917, des centaines d'entre eux étaient retournés en Russie pour combattre la révolution athée. Les quelques moines restés sur place s'étaient éteints un à un, jusqu'au dernier qui mourut en 1970. Déjà très endommagé par un incendie en 1958, le magnifique ensemble de bâtiments fut laissé à l'abandon, comme frappé de malédiction, jusqu'à ce qu'un groupe de moines grecs s'y installe en 1992 et entreprenne de le restaurer.


Lorsque Xavier Zimbardo trouva, éparpillés sur le sol d'une pièce encore abandonnée, d'anciens portraits photographiques des moines ayant séjourné dans les lieux, son oeil d'artiste les reconnut immédiatement pour bien plus que te témoignage historique qu'elles apportaient. Il photographia chacun d'eux en prenant soin de ne rien altérer de leur état de dégradation avancée. «Ce qui m'a sans doute le plus surpris dans la découverte de ces Moines de Poussière, fabuleux 'ready-made' attendant d'être reconnus pour les étonnantes oeuvres d'art qu'elles sont, c'est la prodigieuse capacité d'invention du hasard. Dans les altérations subies par ces photographies, des formes d'une richesse inespérée surgissaient qu'il me suffisait de savoir saisir à un moment donné de leur évolution.


Dans ces photographies se rencontraient comme par enchantement deux préoccupations majeures du travail de Xavier Zimbardo. Celui-ci poursuit en effet depuis longtemps une recherche personnelle où il explore les détails de Limage photographique. Ses «Belles Disparues», un travail publié en 1996, s'attachait déjà à révéler Le mystère naissant de la dégradation de l'image sous l'effet des éléments et du temps. Les clés du temps qui passe, c'est également dans la dimension mystique de l'homme qu'il les recherche, comme en témoignent ses reportages photographiques sur les sages Jaïns en Inde, les Bawas musulmans du Sri Lanka, les Indiens Tarahumaras du Mexique ainsi que son travail sur les Pardons de Bretagne.

Publié le 2002-00-00

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : photographie,
Mot(s) Important(s) : dégradation, mémoire, histoire, identité,
Artiste(s) : Xavier ZIMBARDO (plasticien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

A voir :