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L’agenda 21 de la Culture
Un texte fondateur.
Les 7 et 8 mai à Barcelone, le Forum mondial des autorités locales devrait adopter « l’agenda 21 de la culture », un texte hautement symbolique et pas seulement…
« L’idée de rédiger un Agenda 21 de la culture vise à apporter des réponses aux enjeux auxquels l’humanité doit faire face en ce XXIe siècle dans le domaine du développement culturel. » Le Forum mondial des autorités locales, qui se tient à Barcelone les 7 et 8 mai prochains, à la suite de Porto Alegre, devrait adopter un texte fondateur extrêmement important, qui manifestera un engagement des villes et des gouvernements locaux en faveur du développement culturel. Cette initiative part d’un constat partagé : la culture « assume un rôle central dans la mondialisation, mais avec une carence en instruments de débat public. Il est donc urgent de mettre en oeuvre des accords prévoyant des actions en faveur de la diversité culturelle et de l’ouverture des différentes cultures sur les autres, tout en soulignant l’importance de la créativité et de la participation culturelle de chaque être humain. »
« La diversité culturelle est le principal patrimoine de l’Humanité », précise le texte qui sera soumis à l’approbation des villes signataires. Ce texte, qui s’appuie notamment sur la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle, ne manquera pas d’avoir de fortes implications, y compris au sein d’institutions multilatérales telles que l’OMC.
Mouvement.net livre ici de larges extraits de ce texte soumis les 7 et 8 mai à Barcelone au Forum mondial des autorités locales.
AGENDA 21 DE LA CULTURE
Un engagement des villes et des gouvernements locaux en faveur du développement culturel
Nous, villes et gouvernements locaux du monde, engagés dans la défense des droits de l’Homme, de la diversité culturelle, du développement durable, de la démocratie participative et dans la mise en œuvre de conditions favorables à la paix (…) adoptons l’Agenda 21 de la culture comme document de référence pour nos politiques publiques culturelles et comme contribution au développement culturel de l’Humanité.
I. PRINCIPES
La diversité culturelle est le principal patrimoine de l’Humanité. (…) La culture revêt différentes formes, qui se sont toujours construites dans une relation dynamique entre sociétés et territoires. La diversité culturelle contribue à une « existence intellectuelle, affective, morale et spirituelle plus satisfaisante pour tous » (Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle, article 3) et constitue l’un des éléments essentiels de transformation de la réalité urbaine et sociale.
Il existe de fortes analogies entre les questions culturelles et les questions écologiques. (…) De nombreux évidences montrent que la diversité culturelle est aujourd’hui en danger dans le monde. Selon l’UNESCO, « source d’échanges, d'innovation et de créativité, la diversité culturelle est, pour le genre humain, aussi nécessaire qu'est la biodiversité dans l'ordre du vivant » (Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle, article 1).
Les gouvernements locaux reconnaissent que les droits culturels font partie intégrante des droits de l’Homme. Leurs documents de référence principaux sont la Déclaration universelle des droits de l’Homme (1948), le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (1966) et la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle (2001). (…)
Le développement culturel repose sur la multiplicité des acteurs sociaux. La bonne gouvernance se fonde notamment sur la transparence de l’information et sur la participation citoyenne à l’élaboration des politiques culturelles, dans les processus de prise de décision comme dans l’évaluation des programmes et des projets. (…)
Les villes sont un cadre privilégié pour une construction culturelle en constante évolution. Les sociétés locales constituent des espaces de diversité créative, où la rencontre des différences (origines, points de vue, âges, genres, ethnies et classes sociales) permet l’épanouissement personnel intégral. Le dialogue entre identité et diversité, entre individu et collectivité, est nécessaire à la construction d’une citoyenneté culturelle planétaire, mais aussi à la survie et au développement des cultures. (…)
La vie culturelle recouvre la sauvegarde et la valorisation des traditions des peuples en même temps que la création et l’innovation dans les modes d’expression propres à chacun. Elle s’oppose, de ce fait, à toute volonté d’imposer des modèles culturels rigides.
L’affirmation des cultures ainsi que l’ensemble des politiques mises en œuvre pour leur reconnaissance et leur viabilité constituent un facteur essentiel du développement durable des villes et des territoires, sur les plans humain, économique, politique et social. Le caractère central des politiques culturelles publiques est une exigence pour les sociétés contemporaines. La qualité du développement local requiert la coordination des politiques culturelles et des autres politiques publiques (sociales, économiques, éducatives, environnementales et urbanistiques).
Les politiques culturelles doivent trouver un point d’équilibre entre les intérêts publics et privés, entre la vocation publique de la culture et son institutionnalisation. Une institutionnalisation démesurée ou une prédominance excessive du marché comme unique décideur de l’attribution des ressources culturelles comporte des risques et constitue un obstacle au développement dynamique des systèmes culturels. L’initiative autonome des citoyens, pris individuellement ou réunis en associations ou en mouvements sociaux, est le fondement de la liberté culturelle. (…)
L’appropriation de l’information et sa transformation en savoir par les citoyens est un acte culturel. Par conséquent, l’accès sans distinction aux moyens technologiques, d’expression et de communication, ainsi que l’élaboration de réseaux horizontaux, renforce et alimente la dynamique des cultures locales et enrichit le patrimoine collectif d’une société fondée sur le savoir.
Les espaces publics sont des biens collectifs qui appartiennent à tous les citoyens. Aucun individu, aucun groupe ne peut être privé de leur libre utilisation, dans la mesure où les règles adoptées dans chaque ville sont respectées.
II. ENGAGEMENTS
Mettre en œuvre des politiques encourageant la diversité culturelle ce qui implique de garantir la variété de l’offre, de favoriser la présence de toutes les cultures dans les moyens de communication et de diffusion, en particulier des cultures minoritaires ou désavantagées, d’encourager les coproductions ainsi que les échanges en évitant les positions hégémoniques. (…)
Mettre en place des instruments adaptés pour garantir la participation démocratique des citoyens à l’élaboration, à l’exercice et à l’évaluation des politiques culturelles publiques.
Garantir le financement public de la culture au moyen des instruments nécessaires. Ceux-ci peuvent prendre la forme d’un financement direct de programmes et des services publics, mais également venir en soutien à des initiatives indépendantes ou privées sous la forme de subventions et des modèles les plus récents, tels que les microcrédits, les fonds de capital risque, etc. (…)
Encourager la mise en place de modes d’« évaluation de l’impact culturel » permettant d’étudier, sans dérogation possible, les initiatives publiques ou privées entraînant des changements significatifs dans la vie culturelle des villes.
Prendre en compte les paramètres culturels dans les schémas d’aménagement urbain et dans toute planification territoriale et urbaine, en établissant les lois, normes et règlements nécessaires à la protection du patrimoine culturel local et de l’héritage laissé par les générations précédentes.
Promouvoir l’aménagement d’espaces publics dans les villes et encourager leur utilisation en tant que lieux culturels de relation et de cohabitation. Promouvoir le souci de l’esthétique des espaces publics et des équipements collectifs. (…)
Inviter les créateurs et les artistes, en tant que personnes dotées d’une capacité particulière à percevoir et à exprimer la condition humaine, à s’engager auprès des villes et des territoires en identifiant les problèmes et les conflits de notre société, en améliorant le « vivre ensemble » et la qualité de vie, en développant la capacité de création et le sens critique de tous les citoyens, notamment quand il s’agit d’affronter les grands enjeux des villes. (…)
III. RECOMMANDATIONS
AUX GOUVERNEMENTS LOCAUX
Inviter tous les gouvernements locaux à soumettre ce document à l’approbation des assemblées municipales ou territoriales et à organiser un débat plus large avec la société locale.
Mettre la culture au cœur de l’ensemble des politiques locales, en encourageant la rédaction d’agendas 21 de la culture dans chaque ville ou territoire, en étroite coordination avec les processus de participation citoyenne et de planification stratégique.
Effectuer des propositions de concertation sur les mécanismes de gestion culturelle avec les autres niveaux institutionnels en respectant le principe de subsidiarité.
Proposer, avant 2006, un système d’indicateurs culturels qui rende compte de l’état d’avancement de la mise en œuvre du présent Agenda 21 de la culture, à partir de méthodes d’évaluation communes, de façon à en faciliter le suivi comparatif.
AUX GOUVERNEMENTS DES ETATS ET DES NATIONS
Mettre en place les instruments d’intervention publique en matière culturelle en tenant compte de l’accroissement des besoins des citoyens dans ce domaine, de l’insuffisance des programmes et des ressources qui y sont actuellement consacrés et de l’importance de la décentralisation du territoire dans les répartitions budgétaires. Avancer vers un ratio d’au moins 1 % des budgets nationaux consacré à la culture.
Établir des mécanismes de consultation et de concertation avec les gouvernements locaux, directement ou par le biais de leurs réseaux et de leurs fédérations, pour ce qui est de l’élaboration de nouvelles lois, de nouveaux règlements et de nouveaux modes de financement en matière culturelle. (…)
AUX ORGANISATIONS INTERNATIONALES
(…) Organisations intergouvernementales et supranationales
À l’Organisation Mondiale du Commerce : exclure les biens et services culturels de ses cycles de négociation. Les échanges de biens et de services culturels doivent être régulés par un nouvel instrument juridique international comme la « Convention sur la diversité culturelle », prévue pour 2005.
Aux organisations continentales (Union Européenne, Mercosur, Union Africaine, Association des Nations du Sud-est Asiatique) : faire figurer la culture comme pilier central de leur construction. Dans le respect des compétences nationales et du principe de subsidiarité, une politique culturelle continentale fondée sur le principe de légitimité de l’intervention publique dans la culture, sur la diversité, la participation, la démocratie et le travail en réseau est nécessaire (…)
Texte intégral sur www.bcn.es/fal
Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2004-05-07
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : chronique
Thème(s) : politique culturelle,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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