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Comédie réussie, tragédie essoufflée


«Conte d'Hiver»



Pierre Pradinas met en scène le méconnu «Conte d'Hiver» de Shakespeare. Sans réel point de vue mais ponctué de scènes de comédie réussies, ce spectacle révèle une tragédienne, Romane Bohringer.


Peu connu du grand public, rarement présenté, «Le conte d'hiver» n'est pourtant pas à considérer comme une pièce mineure. Le désir mimétique y règne en monarque absolu, la fantaisie y est riante et la jalousie dévastatrice. Seize longues années séparent les deux grands moments dramaturgiques. Dans le premier, la passion dévastatrice d'un roi mène sa famille à la mort, dans le second l'amour vainqueur passe un baume salvateur sur la bêtise humaine. Créé à la scène nationale de Bonlieu à Annecy par Pierre Pradinas et sa compagnie du chapeau rouge, «Le conte d'hiver» se joue jusqu'au 17 février à La Piscine de Châtenay-Malabry. Après un «Néron» grand-guignolesque et un succès non usurpé avec «Jacques et Milène», Pierre Pradinas apparaît comme timoré dans cette mise en scène. Sa fantaisie gore n'y a pas de réelle présence et s'il ne dénature pas la pièce il ne l'investit pas pour autant. De la compagnie du chapeau rouge on retrouve avec plaisir une Valérie Bonneton, toujours aussi surprenante, gouailleuse et vive. Elle crée un léger décalage éclairant sur la nature réelle des enjeux humains qui se déploient dans ce conte. Au coeur de l'intrigue, son personnage suivant le cap aigu de sa conviction bât en brèche la folie des hommes. Une démence à la fois concentrée dans la jalousie arrogante du roi et la couardise disséminée parmi les conseillers du tiran. Si des deux éléments «rapportés» à la troupe, Romane Bohringer se révèle être à la hauteur de l'enjeu shakespearien -ludique tragédienne, Roschdy Zem, pourtant si époustouflant au cinéma, a du mal à être convainquant sur un plateau. Malmené à cause du succès de «Jacques et Milène» dans le théâtre privé par l'intelligentsia culturelle subventionnée, Pierre Pradinas a sûrement voulu renouer avec une esthétique plus proche des goûts des subventionneurs. A traiter avec le diable on y perd son âme. L'esthétique scénographique est sobre, s'accommodant du plateau nu et de jolis éclairages. Mais chassez le naturel et il revient au galop: ce sont les scènes de comédies qui sont le plus réussies. Moins obnubilé par un propos à tenir, Pradinas y renoue avec la liberté qui le caractérisait dans les précédentes mises en scènes.


Le conte d'hiver de William Shakespeare, mise en scène de Pierre Pradinas, à La Piscine-Châtenay-Malabry du 05 au 17 février. Réservations: 01 43 45 99 37.

Hervé PONS,

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : acteur, comique,
Artiste(s) : Hervé PONS (rédacteur), Pierre Pradinas (metteur en scène), William SHAKESPEARE (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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