Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Causeries d'auteurs et silence du geste


Temps de paroles, un festival de théâtre et de textes à Valence



Temps de Paroles fait partie de ces festivals qui se glissent de plus en plus fréquemment dans les programmations des institutions de l'hexagone, sorte d'en-dehors de l'ordinaire des saisons, présentant des formes dites différentes, ou pour quelques raisons, estimées exceptionnelles.


Ainsi Temps de parole à Valence est depuis plusieurs années le prétexte à des rendez-vous théâtraux mêlant création de textes récents, lectures et mises en espace à une ou deux créations sortant de l'ordinaire. Cette année, la programmation est centrée sur un événement, la tournée de l'hors-du-commun Purifiés de Sarah Kane mis en scène par le talentueux polonais Krysztof Warlikowski (vu en France lors du festival d'Avignon 2002) et sur un rassemblement : Le Cartel, et ses fantômes (dans le texte comme dans le titre). En effet, quatre metteurs en scène sont réunis (Ch. Perton, Olivier Werner, Richard Brunel, Ph. Delaigue) autour de quatre textes inédits ayant reçus l'aide à l'écriture ou à la création du ministère de la Culture. Ces quatre textes, d'Annie Zadek, Marie Ndiaye, Pauline Sales et Marion Aubert partagent le même thème, les fantômes, spectre ou de réminiscences diverses. Durant deux semaines, un spectacle par soir précédé d'un lever de rideau dit « de science-fiction », et le dimanche une intégrale des quatre fantomatiques créations.

Vendredi soir, le lever de rideau proposé par le directeur de la comédie, Christophe Perton, sur un texte de David Gieselmann, relevait du mauvais canular, et faisait sérieusement s'interroger sur l'actualité et les intentions de ces théâtres qui voudraient être de textes, voudraient être contemporains et être populaires... en un sens qui relève de la mauvaise gageure dans ce contexte. Visiblement peu travaillés, réfugiés sous le prétexte cynique du « faire-entendre-le-texte », la présentation se débat avec un de ses textes réfugiés sous le prétexte cynique du « faire-jouer » ; et les acteurs, perdus, sont des pitres. On se demande ce que l'on peut attendre de tout cela.

La seconde partie de soirée était confié à Warlikowski. Dans le gymnase de l'IUFM, comme en marge de la ville, un baraquement qui frappe autant par sa banalité que par l'image aux résonances historiques et terribles que va lui faire prendre le spectacle. Le metteur en scène polonais manie autant la douceur que l'intelligence ; la violence du drame de Sarah Kane est contenue et mesurée dans le jeu vif et précis des acteurs, la couleur des lumières, les images scéniques simples et en même temps codées, traversées, jouant comme le décor de dédoublement et de transparence, laissant entendre derrière les affaires de Tinker, le dealer-médecin, les doubles intimes et historiques qui hantent cette histoire, dont elle émane, dont elle est l'image et le symbole en même temps, qu'elle traverse comme ses propres fantômes : la Shoah, le capitalisme, les guerres modernes et leurs charniers, l'hôpital psychiatrique. Tout est ici théâtre et ne cesse pas de l'être, tout est investissement et retenue, parodie et précision du discours. Près de trois heures, les acteurs impressionnent l'univers de Sarah Kane, la cruauté est faite image et l'image s'ouvre à sa cruauté par le scalpel de leur jeu, de leur retenue, de leur rythme. Une immense puissance, tranquille, se dégage du spectacle. Warlikowski, formé auprès de Brook et de Kristian Lupa, présente un théâtre d'une retenue et d'une précision que l'on ne rencontre peu. Avec la force du sage, la parole est énoncée, posée, inscrite, la mémoire est subjuguée, l'histoire se fait présences et conscience et le passé, permanence.


Festival Temps de parole, jusqu'au 16 mai à la Comédie de Valence. Tél. 04 75 78 41 70


Eric VAUTRIN,
Publié le 2004-05-11

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : festival, Pologne, dramaturgie,
Artiste(s) : Eric VAUTRIN (rédacteur), Krzysztof WARLIKOWSKI (metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

A voir :