Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Chantage et brutalité
« On n'est pas une démocratie du chantage. », a déclaré Jean-Pierre Raffarin. Qui était visé ? Les intermittents ou le Medef ?
Dans son intervention, jeudi dernier sur France 2, le Premier ministre a employé deux formules qui laissent rêveur. A propos du conflit des intermittents, Jean-Pierre Raffarin a conclu : « On n'est pas une démocratie du chantage, on est une démocratie de la discussion, de la négociation. » Tiens donc ! Où est le chantage ? Du côté des intermittents, qui menaçaient de perturber le festival de Cannes ? La veille, Renaud Donnedieu de Vabres glissait à l'issue de sa conférence de presse : « J'ai fait référence aux 12 mois à date fixe, vous voyez que tout est ouvert. » Le lendemain, il était sèchement démenti par son patron : « Nous gardons la réforme. » On peut en imaginer la raison. Comme il l'a fait pour la question générale de l'Unedic (Borloo envisageait d'augmenter de 0,2 % les cotisations patronales pour renflouer les caisses de l'assurance-chômage), le Medef a dû se plaindre à l'Elysée : pas question de renégocier, sinon... Sinon, quoi ? On l'ignore (on le devine un peu, mais bon...). La politique du chantage est clairement du côté du Medef : l'organisation patronale est à la politique ce que le mystérieux groupe AZF fut voici peu aux voies ferrées.
Mais il y a plus. En précisant « Nous gardons la réforme », Raffarin ajoutait : « mais nous mettons de l'humanité là où il y avait de brutalité. » Obligé de revoir sa copie sur les chômeurs « recalculés » ou en fin de droits, comme sur les chercheurs, le gouvernement fait donc désormais dans l'humanitaire. La chose est intéressante. Mais qui se souvient avoir entendu, à l'époque où ça chauffait, le baudet libéral du Poitou dénoncer la « brutalité » de l'exclusion programmée de 800.000 chômeurs du régime général d'indemnisation, ou celle de 30.000 intermittents ? A l'époque, Raffarin était une brute. Il l'est toujours aujourd'hui, quel que soit le visage « plus humain » qu'il voudrait donner à sa teigne.
Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2004-05-12
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : édito
Thème(s) : politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : intermittence, réforme, dialogue,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur), Jean-Pierre RAFFARIN (ministre), Renaud DONNEDIEU DE VABRES (ministre de la culture),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :