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N+N Corsino, du vertige au vidéogame?


Topologie de l'instant



Norbert et Nicole Corsino s'excuseraient presque de la modestie de leur intervention dans le cadre des Hivernales d'Avignon 2002.


Norbert et Nicole Corsino s'excuseraient presque de la modestie de leur intervention dans le cadre des Hivernales d'Avignon 2002. Ils y occupent deux petites salles d'exposition de la Maison Jean Vilar, sans rapport avec les deux mille mètres carrés des quatorze salles qui leur furent dévolus en décembre et janvier derniers par le Musée d'art contemporain de Marseille, où ils purent développer sept pièces nouvelles. En fait, cette échelle intimiste sied à la convivialité du festival hivernal de danse de la Cité des Papes. Et le curieux intitulé de son édition en cours, à la Charles Trénet («Tic tac, tic tac, tic tac. . .») a quelque familiarité avec les sortilèges «corsiniens» jetés sur les rapports vertigineux de l'espace et du temps.
Du reste, il faut plutôt du temps pour apprécier pleinement les pièces mises en oeuvre dans ce petit espace. C'est qu'elles appellent à effectuer une expérience de soi, conditionnant une modification des perceptions. N+N Corsino requièrent des visit-acteurs doués d'esprit dansant.
Il faut aussi du temps pour mesurer l'enjeu des évolutions en cours dans leur démarche, parfaitement illustrées par les contrastes entre les deux oeuvres développées.
La première s'inscrit dans une continuité déjà bien explorée depuis le cycle de la Circumnavigation: dans ce dispositif en mouvement, loin de se borner à représenter de la danse, l'image vidéo y devient elle-même une composante de danse, tandis qu'à l'inverse les danseurs sont soustraits à ce qui se présente comme instant de chorégraphie désincarnée.
Soit un éventail articulé de huit petits écrans (à l'échelle apaisante de feuillets 21 x 29,7) qui se plie et se déplie lentement sur un rail à hauteur de regard. Le visit-acteur peut épouser la série d'une seule perspective, ou au contraire la détailler écran par écran. Il peut aussi modifier la netteté de sa perception des images solarisées selon les angles qu'il choisit dans son observation. En plans très serrés ou lointains, précis ou flous, décadrés ou stables, les tableaux de danse ici captés bougent dans un rapport très dynamique entre horizontale et verticale, cette dernière renforcée par une «forêt» de bambous métalliques piquetant la pièce tout autour de cette «à images». Ici le flottement est oriental. De leurs travaux en Asie, les Corsino ont retenu que la corporéité vietnamienne la plus quotidienne semblait d'emblée chorégraphique. Un coup d'oeil trop rapide pourrait rattacher la seconde pièce à un univers plutôt japonais cette fois: celui des images animées de synthèse. N+N y proposent un système de «navigation chorégraphique».Lequel n'a rien de foncièrement distinct des procédés des vidéogames, à ceci près qu'il ne s'agit pas d'y capturer des danseuses, ni même d'y supprimer des chorégraphes, quelle qu'en soit l'envie éventuelle. A l'aide d'une banale manette à boutons, le spectateur effectue une balade à l'écran, dans des espaces 3 D éminemment architecturés, y rencontrant des clones-danseuses animées de mouvements préalablement captés sur des interprètes de la compagnie Corsino. A ce stade, on ne peut plus parler d'un questionnement profond du statut de l'image; mais seulement d'un mieux-disant d'originalité poétique, décalée dans un champ de l'image d'animation sans cela rebattu par la moindre playstation de chambre d'ado. Il faut donc attendre les prochains développements, dont les Corsino ne sauraient être en reste. Après que le Musée d'art contemporain de Shangaï, et sa biennale, aient accueilli à grande échelle les derniers développements de leurs asiatiques Topologies de l'instant (automne 2002), le Masachusets Institut of Technology de Boston les attend pour deux années de résidence. Lesquelles devraient leur ouvrir le champ des déplacements en temps réel dans les univers virtuels, faisant la peau aux vieux interfaces fixes par câbles.
Faire la peau? C'est quand même encore une histoire de corps.


Topologies de l'instant. Conception N+N Corsino. Maison Jean Vilar, Avignon. Jusqu'au 22 février. Entrée libre. 04 90 82 33 12.

Gérard MAYEN,

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : image, vidéo, interaction, virtuel, Asie,
Artiste(s) : N + N CORSINO (chorégraphe), Gérard MAYEN (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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