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A confesse
Une création théâtrale de Jacques Bioulès, à Montpellier.
A Montpellier, Jacques Bioulès proposait avec Les Confessionnaux, une création où chacun des acteurs a liberté de « confesser » une inclinaison à travers un texte de son choix. Dans l’esprit de la poésie surréaliste, l’ensemble esquisse les tours et détours du désir.
Ancien élève de Jacques Lecoq, de 1958 à 1967, Jacques Bioulès a ensuite été l’assistant de François Billetdoux et d’Antoine Bourseiller. Installé de longue date à Montpellier, il y anime le département Théâtre de l’université Paul Valery où il a favorisé la création d’une troupe dès 1971. En parallèle, il continue ses activités de recherche et de promotion des auteurs contemporains, au sein du théâtre du Hangar. Il se consacre également au travail du clown et à l’écriture, à l’improvisation (avec, en 1987, un hommage mémorable au pianiste Glenn Gould, Bonjour Monsieur Gould).
Dans Les confessionnaux, que Jacques Bioulès vient de créer au théâtre du Hangar, chaque comédien fait le choix d’un texte, celui d’un péché mignon. Il dédie au public son irréductible gourmandise pour le catalogue des manufactures de Saint-Etienne, ou encore pour certains travaux pratiques de Marie Curie, lui offre encore les mystères que recèle Langage Tangage de Michel Leiris, avoue certains penchants culinaires, ou éprouve les aléas du mensonge…
La trahison, « forme intéressée de son propre vide à exister » sera aussi le sujet de tricheries avouées/inavouables que se propose d’interroger à contre jour la pièce de Jacques Bioulès. Confessions sans séductions enjôleuses, livrées avec la pudeur et le plaisir du partage d’un moment de théâtre.
Sept figures du péché en longs manteaux bigarrés glissent en chaises à roulettes sur un plateau noir comme la toile tendue du rêve, jonché de téléphones en bakélite, où trône un orgue aux tuyaux de carton. Comme autant d’Augustes profanes, ils déclinent en volupté de mots d’irréductibles absences et contrent la prétention factice à se dire.
C’est paradoxalement à ces conditions de désaveu de la confession et d’une distance que seul un rire à flanc de néant octroie, que la nudité peut advenir, vêtue du luxe de chair fragile singulier à chaque histoire.
Loin des fanions de l’introspection et autres rances impudeurs qui font le beurre d’une certaine littérature, les aveux de ceux-là ont le goût libre du songe. Suivant le fil de leur désir, ils nous égarent à la façon des tracts surréalistes, de surgissements inattendus défiant l’ordinaire en cadavres exquis et improvisations, jetés au vent vertigineux d’un monde réenchanté. On pense aux dessins de Toyen, piquant dans Champ de Tir (sur des textes deRadovan Ivsic), les vastes plages blanches de ses figures saisissantes et enfantines, analogies visuelles à la source du choc poétique.
Ne sachant quel téléphone décrocher quand un appel retentit, chacun livre à un improbable interlocuteur la silhouette d’une obsession, que celle-ci ait la facture des moteurs à vapeur ou celle plus couture d’une démarche en bas de soie pour exalter le hasard, la poésie et l’amour. Eludant systématiquement de répondre à la voix sépulcrale qui leur dicte de rougir à intervalles fixes dans le miroir des vanités, ils échappent au tain coupable, bondissant dans des rails lumineux qui réfléchissent leur parole, voies de traverse impénétrables à toute saisie psychologique. Et s’« il est plus méritoire de découvrir le mystère en pleine lumière que dans l’ombre » selon Arthur Cravan, ces confession ont le mérite de laisser s’éployer intacte, entre souvenirs et sensations en liberté, l’étrange étrangeté qui les traverse.
Si chaque comédien a écrit ou choisit son texte, l’ombre de Roussel (qui est cité) et de Jarry plane non loin de ces apartés en creux de l’entendement, au plus proche de « l’infracassable noyau de nuit » dont André Breton pare l’attraction amoureuse. Auteurs chers à Jacques Bioulès, qui dirige le théâtre du Hangar dans un véritable souci d’indépendance. Il a mis en scène avec cette même acuité poétique Le roi Gordogane du poète surréaliste croate Radovan Ivsic dont le théâtre complet à paraître chez Gallimard, sera l’objet de sa prochaine création.
Les Confessionnaux, mise en scène de Jacques Bioulès, création compagnie Jacques Bioulès, a été présenté au théâtre du Hangar, à Montpellier, du 4 au 15 mai.
Cécile FAGGIANO,
Publié le 2004-05-20
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Cécile FAGGIANO (rédacteur), Jacques BIOULES (metteur en scène),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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