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Salade de cactus


« Esto es Tech-Mex », au Centre culturel mexicain.



4h30 de vidéos pêle-mêle réalisées par de jeunes artistes mexicains incarnent une Amérique latine d’avant-garde et d’art populaire.


Si l’on commence par la fin, c’est l’histoire d’une jeune fille dont on ne voit pas la tête et qui découpe avidement et délicatement un cactus gros et gras dont chaque tranche devient, une fois tombée au sol, une étoile…(Claudie Fernandez, Etoiles). Etoile du berger qu’il s’agit de garder en tête pour ne pas perdre le Nord au sein de l’événement en cours au Centre culturel mexicain. Les artistes du label Esto es Tech-Mex exhibent un joyeux fourre-tout composé de sept séries de vidéos, mélange frais et coloré qu’il serait bon de filtrer pour en isoler quelques pépites. Certes l’art populaire de la série Version Maya, trouve sa place dans un centre culturel mexicain, mais quand il côtoie six séries de vidéos d’artistes à proprement parler, un décalage s’opère, aussi fatal pour les artistes que pour ces communautés. En laissant de côté ces petits films mayas qui ont sans conteste leur charme et dont émerge la vidéo Le Petit Commandant Chico (Producciones La Vaca), on tente de se repérer au sein de six autres mondes apparemment thématiquement délimités : 7 Regiones 7, Jeux de petite filles, Espaces verts, Machomen, Guonderguomen, A Dieu ne plaise. Cette dernière série, aussi intitulée Un Cadavre exquis utilise l’inépuisable et ludique concept d’André Breton pour une histoire abracadabrante en douze volets d’une minute chacun, tous réalisés par un artiste différent. Chaque vidéo est une base sur laquelle des mains venues de l’extérieur viennent coller les objets les plus divers : des souliers neufs, des poupées, des loupes. Un surréalisme qui ne se cantonne pourtant pas à cette série de vidéos et qui constitue un fil rouge dont il est dangereux et bénéfique de s’écarter, à l’image du cordon que le protagoniste de Sans Titre de David Martinez, s’accroche à la poitrine par l’intermédiaire d’un hameçon sadique. Un plagiste rêveur observe le paysage au travers d’un jouet rempli d’eau colorée sur laquelle flottent de sexys véliplanchistes (A. Salomon, Sous le soleil), un téléspectateur subversif sous-titre le Big Brother bolivien à l’aide d’indicateurs économiques et sociaux (désastreux !) de la petite nation sud-américaine, etc. Les découpages des séries sont donc peu pertinents : certes Guonderguomen – Un voyage guidé à travers les obsessions et le regard féminin est empreint de préoccupations attribuées à ce sexe mais à travers les chansons, les fleurs, les poupons, les fantasmes, la femme telle qu’on la catégorise est étonnamment omniprésente tout au long de l’exposition. Elle se fait gentiment titiller la taille par des mains géantes (Paulina del Paso, Sans Titre), exhibe sa cellulite à son prince charmant (titre d’une vidéo de Paulina del Paso) ou délivre son portrait-robot biologique (Alejandra Echeverria Je n’ai pas choisi ce corps, Je ne suis pas ce corps). A la fois très loin et très près de notre hermétique art contemporain occidental, Esto es Tech-mex est enfin une mission impossible : visionner les 4h30 de vidéos alors que le centre n’ouvre que 3h30 en continu… Courage !
Esto es Tech-Mex, jusqu’au 5 juin. Centre culturel mexicain, 119 rue Vieille-du-Temple 75 003 Paris. Tél. : 01 44 61 84 43.

Ophélie RAMONATXO,
Publié le 2004-05-20

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : art visuel,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Ophélie RAMONATXO (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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