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Bonzaïs, pots de yaourts et anecdotes


Deux expositions zen pour un artiste minimaliste



Au Palais de Tokyo et à la Maison de la culture du Japon : Yoshihiro Suda sculpte des jardins miniatures, presque invisibles, pour mieux envahir l'espace.


Vous ne voyez rien ? C'est magnifique ! Autant de vide, autant d'espace pour laisser libre champ à votre culture, à votre nature, à votre pré carré... Yoshihiro Suda est un Japonais de 35 ans. Il voue un culte aux peintures de l'époque d'Edo (1603-1868), à ces œuvres peuplées de vacuité qui laissent un sentiment d'inachèvement. Ses fleurs de bois n'ont d'ailleurs ni queue ni tête : elles naissent d'un pétale et non d'un terreau, elles s'implantent dans l'air ou surgissent d'un poteau. Tout terrien qui se respecte ne peut dès lors échapper à la tentation d'être lui-même cette fleur en lévitation, et le visiteur d'adopter la sereine position du lotus. Mais de quelle sérénité parle-t-on quand, aux côtés des Anémone, Amaryllis et autres Roses (2004) sculptées par Suda, les Mauvaises herbes apparaissent comme les œuvres phares de ses expositions au Palais de Tokyo et à la Maison de la culture du Japon ? Ces petites pousses « grandeur » nature, variole verdoyante peuplant les fissures inexistantes des institutions muséales, ne sont-elles pas la promesse d'une culture laissée à l'abandon ? Au contraire, cette mauvaise graine nous ramène vers l'humaine fragilité de nos lieux d'art quoique faits de verre et de béton armé, vers la possibilité d'une délicieuse négligence au sein d'un XVe et d'un XVIe arrondissements qui ont peu de chance de mourir de chiendent. Ne rêvons pourtant pas trop : la mousse ici a beau être de bois, elle n'est qu'une imitation, la corolle a beau être d'un rouge ou d'un blanc flamboyants, elle est tout simplement accrochée, épinglée comme une boutonnière kitsch qui, si elle avait été naturelle, aurait été cultivée non pas en serre mais en écrin. Mieux : en pot de yaourt. Deux petits environnements à demi clos constituent, outre les Mauvaises herbes, l'exposition de Yoshihiro Suda à la Maison de la culture du Japon et côtoient l'accrochage d'un autre artiste nippon, Kôichi Kurita, qui présente, lui, sa collection de petits échantillons de terre. Les installations du premier semblent nées des maniaques prélèvements du second qui, aussi réduits soient-ils, auraient engendré une forêt géométrique et minimaliste à la luxuriance avortée. Botaniste-ébéniste depuis le début des années 90, Yoshihiro Suda achève une résidence de deux mois à Paris après avoir fait parler de lui lors de la peu reluisante exposition Flower Power dans le cadre de Lille 2004. C'est un artiste qui dissémine, qui distille, qui titille en laissant vides les espaces qu'il éclaire et en posant une œuvre, non annoncée, dans un recoin hasardeux, hors de l'espace d'exposition. Mais déjà ses petites fleurs dorées, pourtant faciles à entretenir et à ne pas arroser, sont envahies et occultées, au Palais de Tokyo, par cet art mastodonte dont l'institution « alternative » se fait souvent le chantre : l'actuelle exposition de Daniel Buren vient effacer les traces du jardin miniature japonais. L'art contemporain n'est-il pas cette mauvaise graine qui empiète sans cesse sur les plates-bandes des autres ? Une médi(t)ation s'impose.

Yoshihiro Suda, jusqu'au 3 juillet. Palais de Tokyo, 13 avenue du Président Wilson, 75116 Paris. Tél. : 01 47 23 36 86. Petites natures ?, jusqu'au 3 juillet. Maison de la culture du Japon à Paris, 101 bis quai Branly 75 015 Paris. Tél. : 01 44 37 95 01.


Ophélie RAMONATXO,
Publié le 2004-05-25

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : sculpture,
Mot(s) Important(s) : jardin, Japon,
Artiste(s) : Ophélie RAMONATXO (rédacteur), Yoshihiro SUDA (sculpteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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