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Minimalisme pictural
Niele Toroni à la galerie Yvon Lambert
Chapeau : Fondateur en 1967 de l'éphémère groupe BMPT, Niele Toroni s'impose dans le paysage artistique contemporain au travers d'une pratique picturale minimale.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : analyse (Mots-clés : )
Genre Ressource : texte d'analyse
Apparence :
Aurélie DJIAN rédacteur
Niele TORONI plasticien
Texte : Derrière la vitrine de la librairie Yvon Lambert se profilent les tâches de couleur laissant apparaître, en réserve blanche, les murs de l'espace d'exposition.
Le terme de « réserve » met justement l'accent sur une double dimension emblématique de la démarche du peintre : qu'il s'agisse de la « réserve blanche » révélant une alternance de vide et de plein, de couleurs primaires et de non couleurs comme une expérience des limites de la peinture, ou au contraire d'un réservoir de possibles qui comprend les infinies variations induites par la répétition d'un geste premier.
« Faire voir de la peinture ici et maintenant », tel pourrait être l'impératif catégorique assigné à la peinture de Niele Toroni. De la machine à peindre de Tinguely ou encore de la peinture d'Elsworth Kelly, Toroni retient l'épure du vocabulaire plastique dans la relation directe existant entre une surface recouverte d'une couleur monochrome et l'espace ou l'immédiateté de la forme perçue. Le peintre expérimente ainsi un degré zéro de la peinture, un retour sur l'acte même de peindre, aux origines de la pulsion esthétique qui rend cet acte nécessaire. Il s'agit avant tout, selon une démarche presque maniaque, de laisser une empreinte colorée, de marquer, à intervalles réguliers, un territoire blanc à l'aide d'un pinceau n°50 trempé dans de la couleur. Marquer obstinément un lieu pour le révéler. Revenir à la peinture comme application d'une chose sur une autre pour qu'elle adhère et y laisse une trace.
Le sens de l'empreinte croise celui de l'impression : la toile comme l'œil est impressionnée par la couleur, éprouvée et altérée par elle. Mais le résultat produit trahit la main humaine par son irrégularité, sa fragilité constitutive : la méthode a beau être minutieusement réglée, aucune empreinte n'est identique et l'œuvre est unique. Comme si la peinture était douée d'une liberté propre : d'adhérer ou de couler, de réagir différemment à la lumière et d'infléchir le geste du peintre à son insu.
La simplicité et l'économie de la méthode ? une dépense minimale pour un effet optimal ? dit une absence de spectaculaire solidaire d'un retrait volontaire de l'auteur et d'une relation d'intimité inédite à la peinture. Le peintre nous renvoie finalement à une autonomie de la peinture qui ne dit rien d'autre que sa propre matérialité, mais aussi à un éloge de la double disponibilité de l'artiste et du spectateur, libres de se livrer entièrement à l'expérience de la couleur.
Niele Toroni, En vitrine, en réserve, galerie Yvon Lambert, 23 avril-29 mai 2004.
Date de publication : 25/05/2004
Mots-clés : empreinte, peinture, minimalisme, couleur
Inséré le : 25/05/2004 00:00
Thèmes : art contemporain, arts plastiques,