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Le laboratoire de la Judson Dance Theater
Analyse de Sally Banes
Auteur d'un livre sur une génération qui a bouleversé la chorégraphie américaine, SaIly Banes raconte et analyse cette révolution des corps.
Créant une situation où les conditions pour la chorégraphie étaient la liberté d'exploration et l'égale responsabilité de participation, le groupe du Judson faisait des danses qui parlaient du fonctionnement du corps, de son statut contradictoire d'objet naturel et de sujet culturel, son inévitable expressivité, sa force, son pouvoir, ses défauts, ses limitations, sa maladresse et sa beauté.
(. . .) Les danses -d'une grande variété de styles, formes et modes- formaient un corpus sur l'utilisation et le rôle du corps dans un art démocratique, accessible, terre-à-terre, à la fois agréable et intelligent. Un certain nombre de thèmes fédérateurs émergèrent dans les danses du Judson dès la soirée du 6 juillet 1962, et se poursuivirent lors du «workshop» hebdomadaire et, les années suivantes, à travers les représentations à la Judson Church. Le plus fort de ces thèmes était le «letting go» (laisser-aller), un énoncé physique de l'idée formelle fondamentale qui unissait ce groupe pluraliste: l'urgence énorme et radicale de se libérer de toutes les conventions dans la danse. Se défaire de la technique était l'une des tactiques; d'autres utilisaient les jeux d'enfants, les sports, les images de la nature, celles de la vie quotidienne et l'improvisation. Pour certains, l'explosion d'énergie brute brisait le carcan de la technique de danse, ses étirements, ses équilibres et son contrôle. (. . .) «32.l6 Feet per Second Squared» (1962) par Laura de Freitas, June Ekman et Sally Gross, consistait seulement en des chutes non préméditées. Le solo de Trisha Brown, «Trillium» (1962) et le duo «Lightfal»l (1963), issu de la série «Violent contact improvisations» que Brown avait travaillé avec Simone Forti et Dick Levine, étaient pleins de mouvements sauvages aériens. (. . .) Un des premiers travaux d'Yvonne Rainer était parsemé d'accès de colère: ainsi, une séquence de «Three Seascapes» (1962) était une crise de hurlements sur un tas de tulle blanc.
L'apothéose de cette tendance vers une énergie pure fut «Concert # 13» (1963), une collaboration de tout le groupe Judson avec le sculpteur Charles Ross qui avait conçu un environnement de cour de récréation avec des structures qui invitaient à toutes sortes de jeux libres et d'aventures acrobatiques, du gymnique «Sense» de Ruth Emerson à «Lateral Splay» de Carole Schneemann, où les danseurs couraient aussi fort et vite qu'ils pouvaient jusqu'à ce qu'ils se heurtent à un obstacle. La tendance opposée, pour se défaire de la technique, était la suppression d'énergie, associée à une relaxation du corps qui niait la tension physique du ballet et de la «modern dance». (. . .) Steve Paxton utilisait une marche très quotidienne, non embellie, dans différentes danses, dès 1961 avec «Proxy». Dans «We shall run» (1963), Yvonne Rainer juxtaposa une magnifique musique de Berlioz avec une banale course de groupe. Dès sa «Danse pour 3 personnes et 6 bras» (1962), Rainer utilisa l'énergie molle comme une figure de style.
Les deux formes les plus extrêmes du «letting go» furent les danses nues et l'utilisation d'images sexuelles. La nudité était l'extension logique de l'uniforme du danseur moderne (justaucorps et collants) mais choquait dans le cadre d'un lieu de représentation qui était une église. Paxton et Rainer dansèrent le duo «Word Words» (1963) en string pour se conformer aux lois de l'état de New York qui prohibaient la nudité totale. Plus tard, lorsque Rainer et Morris se livrèrent sur scène, nus, à une étreinte huilée dans la pièce de Morris, Waterman Switch, le scandale fut tel que la Judson Church fut quasiment radiée de l'American Baptist Conference.
Sally BARNES,
Publié le 1995-01-00
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : analyse
Thème(s) : danse, improvisation,
Mot(s) Important(s) : Judson dance theater, post-modern-dance, atelier, Etats-Unis,
Artiste(s) : Ann HALPRIN (chorégraphe), Sally BARNES (rédacteur), Merce CUNNINGHAM (chorégraphe), Yvonne RAINER (chorégraphe), Steve PAXTON (compositeur), Simone FORTI (chorégraphe), Trisha BROWN (chorégraphe), Lucinda CHILDS (compositeur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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