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Trop grand pour y jouer
Planète Jeumobil, journal d’un autiste.
En partenariat avec le théâtre du Maillon et les Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, la Compagnie L’Astrolabe et le metteur en scène Christophe Greilsammer ont présenté Planète Jeumobil, création théâtrale adaptée des écrits d’un jeune autiste alsacien, Joffrey Bouissac.
Janvier 3998. Les habitants de la planète Jeumobil entament leur compte à rebours. A l’aube du 41e siècle, leur espèce aura totalement disparu. Animaux et végétaux resteront les seuls survivants d’une planète qui tourne à l’envers. Sur une scène aux allures de plateau télévisé, quatre journalistes évoluent dans une lumière d’éther. En combinaison futuriste, ils relatent, jour après jour, les évènements apocalyptiques qui bouleversent leur planète. Gestes saccadés, ils commentent non sans ironie catastrophes, massacres et épidémies. Au sol, des cartes à jouer rouges et blanches, disposées comme les cases d’un jeu électronique. Ce sont les nouvelles du jour, que les journalistes récoltent comme les cendres d’un monde qui se consume irrévocablement.
Au centre de la scène, quatre téléviseurs superposés diffusent, alternativement, reportages d’actualités et images prises en direct sur le plateau. Saturation des couleurs, pixellisation, ces peintures d’un monde chaotique ont un aspect étrangement réel, comme autant de miroirs d’une réalité en cours. Bertrand Gondouin réalise ainsi un mixage vidéo, proche de la performance, dont la qualité plastique se fait l’écho d’une scénographie originale.
Entre chaque édition, les acteurs interprètent également de brefs interludes autobiographiques, fragiles ouvertures sur une conscience endolorie. L’auteur dévoile alors ses fantasmes, se souvient de ses rêves, et les raconte avec lucidité et sincérité. Un rétroprojecteur, placé au sol, vient mettre en lumière ses mots, ses idées, comme des ombres projetées sur les parois de son imaginaire. Ici, aucune trace d’enferment, simplement une très grande liberté. L’imagination est sans limite, sans frontière, et l’on assiste au libre-cours d’une inspiration poétique débridée.
J- 1. Les Jeumobils sont sur le point d’être propulsés vers l’oubli. Un dernier journaliste rend compte de cet ultime instant avec humour et légèreté. Sur le plateau devenu désert, un chien noir déambule, avec en fond sonore, des bruits de faune et de flore.
Cet univers fantasmé, auquel s’identifiait Joffrey Bouissac, s’est effondré progressivement à mesure que ce dernier rédigeait quotidiennement son journal, au cours de l’année 1998. Devenu « trop grand pour y jouer », il a décidé de mettre un terme à sa vie de « Jeumobil ». La fin de ce monde imaginaire constitue donc une véritable échappée vers la réalité, une façon pour l’auteur de renaître au monde.
Planète Jeumobil, c’est un espace de liberté, mis en scène par Christophe Greilsammer avec beaucoup de finesse et d’ingéniosité. C’est une interprétation qui choisit de mettre l’accent sur le potentiel de vie se dégageant une fois le rideau tombé. Le jeu des acteurs, enjoué et sincère, met en valeur la liberté de l’écriture et traduit la dimension positive du texte. Le spectateur devient alors le témoin de l’émergence d’une pensée, d’une envie de vivre autrement.
Planète Jeumobil a été présentée à La Laiterie/Hall des chars, à Strasbourg du 14 au 29 mai 2004. La pièce est un choix d’extraits du journal Planète Jeumobil Fin du monde des Jeumobils (non publié à ce jour) et de Qui j’aurais été journal d’un adolescent autiste de Joffrey Bouissac.
Le spectacle s’est inscrit dans le programme des journées de l’Autisme (15 et 16 mai). Ce projet, né de la synergie entre la Compagnie L’Astrolabe, le Service de Psychothérapie pour enfants et adolescents des hôpitaux universitaires de Strasbourg, le Rotary Club de Strasbourg-Ouest et des partenaires et mécènes de la sphère publique et associative, comprend également la mise en place d’une résidence d’artistes en milieu hospitalier et l’acquisition d’un véhicule de transport en commun pour les enfants autistes hospitalisés.
Marie BENECH,
Publié le 2004-06-02
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Marie BENECH (rédacteur), L’ASTROLABE (compagnie de théâtre),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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