Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Des nouvelles de la Judson Church
Entretien avec Chantal Yzermans, artiste en résidence à Movement Research à New York.
La Judson Church à New York, lieu mythique de l'émergence de la danse post-moderne, reste active aujourd'hui encore. Movement Research y accueille des artistes en résidence et présente chaque semaine des spectacles expérimentaux.
A New York, l'insolite devient tradition. Depuis vingt-cinq ans, le forum de la danse contemporaine se déroule à l'intérieur d'une vieille église baptiste. Cette église, construite en 1890, c'est Judson Church, dont la présidente d'honneur actuelle est Yoko Ono. L'église se situe en plein cœur de Greenwich Village, face au célèbre Washington Square.
Au début du siècle dernier, le Lower Manhattan est encore un quartier d'immigrants pauvres. Cinquante ans plus tard, ce quartier défavorisé devient un centre fréquenté par les étudiants et par les artistes, qui se retrouvent là et créent un mouvement marginal, transgressif, qui va changer la face de l'art américain. C'est précisément ce qui intéresse le révérend Howard Moody qui, profitant de ce lieu stratégique au début des années 60, décide d'ouvrir les portes de son église a toute une génération d'artistes, en leur offrant, non seulement un espace, mais encore la liberté créatrice, dont ils ont besoin. L'échange s'établit, sans aucune censure, ni religieuse, ni sociale. Ce geste osé, ce nouveau profil, a pour double conséquence de dépoussiérer un public de vieux fidèles, tout en proposant aux jeunes artistes un autre regard sur l'église. Il permet surtout aux artistes marginaux un vrai lien avec le public, car toute représentation est gratuite.
Plusieurs disciplines commencent alors à se relayer à la Judson Church. Le Judson Poet Theater est à l'origine de l'« Off-Off-Broadway », en présentant des pièces de Sam Shepard, entres autres. Aux murs de l'église, de jeunes plasticiens (Claes Oldenburg, Jim Dine...) exposent leurs œuvres. Le Judson Dance Theater permet également à de jeunes chorégraphes tels que Trisha Brown, Lucinda Childs, Steve Paxton, David Gordon, Yvonne Rainer, etc., de tracer un nouveau chemin dans la danse contemporaine américaine.
Greenwich Village est resté un centre culturel actif à Manhattan. Quarante ans plus tard, le révérend Peter Laarman maintient ce pont entre le spirituel et le culturel, en étroite relation avec Movement Research et sa directrice exécutive, Carla Peterson.
Entretien avec la chorégraphe belge Chantal Yzermans, artiste en résidence à Movement Research.
MOUVEMENT : Eglise et danse Contemporaine sous une même bannière... N'y a-t-il pas là une contradiction? S'agit-il d'une activité à l'intérieur d'une simple paroisse?
CHANTAL YZERMANS : « Vous êtes loin du cas Judson Church ! Cette "simple paroisse" est, au contraire, une des plaques tournantes les plus importantes pour la danse contemporaine à New York.
M. : C'est pourtant une église protestante baptiste. On continue à y exercer le culte?
C.Y. : « Absolument. Mais une fois par semaine, le révérend Peter Laarman ne manque pas à la tradition culturelle de cette église et ouvre ses portes à l'organisation de danse contemporaine Movement Research.
M.: Et n'importe qui peut entrer?
C.Y. : « Bien sûr. Il y a les habitués, les professionnels et tout autre public, même les touristes qui s'intéressent a la danse peuvent entrer. C'est gratuit. Tous les lundis soirs, à 20 heures, on peut assister a des spectacles expérimentaux, des performances, des ks-in-progress", chorégraphies nouvelles...
M. : Et ça, depuis quand?
C.Y. : « C'est en rapport avec l'activité de l'église dans l'histoire même du quartier. La Judson Church s'est toujours démarquée pour avoir été révolutionnaire et totalement tolérante. Déjà en 1920, elle a été la première église à ouvrir une clinique pour les prostituées. Idem pour les problèmes de drogues, à une époque ou personne n'en parlait.
Et elle soutient toujours les manifestations en faveur des homosexuels.
M. : En fait, tout ce qui touche au particulier et non au dogme.
C.Y. : « Oui. D'ailleurs son enseignement est plus socratique que protestant orthodoxe et ses représentants ont toujours considéré l'art comme le meilleur véhicule pour communiquer.
M. : Quelle est la position de Movement Research ?
C.Y.: « Movement Research est ce qui s'appelle aux Etats-Unis, une non-profit organization. Sans but lucratif, elle existe grâce a des dons privés. Movement Research est un vivier, un laboratoire pour la recherche et l'expérience chorégraphique. Depuis maintenant vingt-cinq ans, sa mission consiste à promouvoir et exposer les dernières tendances en danse contemporaine.
M. : Y a-t-il des critères dans ses choix?
C. Y. : « Chaque année, Movement Research octroie des bourses à de jeunes chorégraphes, américains et étrangers résidant à New York, afin qu'ils puissent continuer leur recherche. Les chorégraphes qui reçoivent cette bourse sont des artistes en résidence.
M.: Ce qui est votre cas.
C.Y. : « Oui et même si la bourse ne donne pas beaucoup d'argent, elle me permet de profiter de studios de répétition à des prix plus accessibles, et je peux assister à des ateliers de haut niveau, donnés au cours de l'année.
M. : Comment avez-vous été sélectionnée?
C.Y. : « En montrant sur vidéo deux chorégraphies antérieures: Pond Assemblage pour quatre danseurs, et un duo, Budapest.
M. : Vous avez créé d'autres pièces pendant la bourse?
C.Y. : « Oui. RL1, un solo en collaboration avec l'artiste vidéo américain Kurt Ralske et A Score on the cloud,, une pièce pour sept danseurs avec, entre autres, des danseurs de Merce Cunningham.
M. : N'y a-t-il que des boursiers de Movement Research qui se présentent à Judson Church ? Et quel est le niveau?
C.Y. : A part les boursiers, Movement Research sélectionne d'autres chorégraphes expérimentaux pour les performances à Judson Church. Quant au niveau, n'oublions pas qu'il ne s'agit pas d'un théâtre ordinaire, mais d'un lieu de recherche. Il ne s'agit donc pas de juger, mais de pouvoir observer ce qui se passe actuellement dans la danse contemporaine. C'est devenu un véritable forum. On y voit défiler toutes sortes d'idées sans aucune censure. Il y a des performances à Judson Church qui ne seraient même pas considérées sur des scènes traditionnelles.
M. : Ce qui nous ramène à l'idée première de l'église Judson Church, dont les choix ont toujours été marginaux et transgressifs.
C.Y. : « Tout à
fait. Et ça remonte même à une autre tradition, encore plus lointaine, aux temps où la danse n'était pas profane et qu'elle se déroulait dans des lieux sacrés. »
Propos recueillis par Sylvie Zade, New York, Juin 2004
Sylvie ZADE,
Publié le 2004-06-02
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : entretien
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Sylvie ZADE (rédacteur), Chantal YZERMANS (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :