Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Une esthétique de la profusion
Perpetuum mobile de Bruno Peinado, au palais de Tokyo.
Bruno Peinado joue des signes, de la citation et du recyclage pour mettre en avant un paradoxe de la perception contemporaine : les représentations se succèdent et se remplacent à un rythme effréné, impossible à suivre, percevoir, habiter, autant de représentations qui dès lors restent vides de sens
Sous le signe du mouvement perpétuel, l'exposition de Bruno Peinado est construite autour d'un dispositif de circulation d'air. Quelques minutes, toutes les demi-heures, l'espace du palais de Tokyo est ainsi traversé par un puissant courant d'air menant le visiteur vers une installation énigmatique composée de ventilateurs, de paraboles et de mégaphones ; autant d'instruments d'émission et de réception qui interrogent le système perceptif. Le courant d'air évoque le renouvellement, le changement et perturbe physiquement les œuvres exposées comme le parcours du visiteur. Ce dispositif rejoue en quelque sorte la fiction de « l'œil neuf » chère aux écrivains voyageurs. Il découvre et anime un cortège de silhouettes découpées, et incite à l'exploration de cet univers foisonnant composé de citation, de récupération et de déclinaison des petites icônes de la société contemporaine. Ainsi, une sirène en deux dimensions voisine avec une paire de ciseaux dotée de jambes féminines, des palissades colorées mêlent l'esthétique des fêtes foraines aux emblèmes de wallpapers, des tâches de peinture découpées jouent à cache-cache avec de curieux readymades comme un moto flanquée de pédales de vélo ou une voiture sans roues. Les stratégies de déplacement et d'inversion sont omniprésentes dans cette re-création jubilatoire et frénétique qui appelle autant une vigilance perceptive qu'un décryptage ludique parfois naïf – à l'image des yeux de Gizmo surgis d'une boîte à chaussures géante. A travers cette pratique du collectionneur d'images et dans un héritage assumé de post-production, Bruno Peinado redessine ou réécrit également à l'envers ce qu'il emprunte aux autres. L'espace d'exposition résonne ainsi à travers un système d'échos : The Lost and Found World inscrit sur le panneau d'entrée se retrouve par exemple suspendu à une montgolfière tentant de s'échapper par le toit et finit par se métamorphoser en un simple caisson lumineux portant la mention inversée exil, à moins que ce ne soit en une mire de télévision figée, en céramique. C'est donc finalement à une invitation tout à la fois festive, cruelle et critique à laquelle nous convie l'artiste : une invitation à se frayer un chemin singulier au milieu de la prolifération des signes pour construire un sens toujours en devenir.
Perpetuum mobile, Bruno Peinado, jusqu'au 22 août au palais de Tokyo.
www.palaisdetokyo.com www.palaisdetokyo.com
Aurélie DJIAN,
Publié le 2004-06-02
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : art plastique,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Aurélie DJIAN (rédacteur), Bruno PEINADO (plasticien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :