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De l’attractivité




Un nouvel os à ronger pour Jean-Pierre Raffarin.


Vous ne trouvez pas que Jean-Pierre Raffarin, sous ses airs de chien-chien battu qui rentre tous les soirs à la niche du grand Chi-chi, couve des airs de bouledogue ? Bref, le Premier ministre a trouvé un nouvel os à ronger. Il est venu, l’autre jour, nous parler « d’attractivité ». Késaco ? La France, ou plutôt, le « site France » comme ils disent, se doit d’être « attractif ». Un nouveau parc d’attractions, genre Eurodisney ? Oui, pour le divertissement de la France d’en-bas. Pour celle d’en-haut, cela signifie : pourquoi s’installerait-on à Paris plutôt qu’à New York, et si on est industriel, pourquoi créer une usine à Argenton sur Creuse, plutôt qu’au fin fond de la Chine septentrionale où tu trouves encore des enfants pas regardants qui sont prêts à bosser douze heures par jour pour trois fois rien. Bref, « l’attractivité », pour ceux qui en parlent, ça se mesure en cash, combien ça va coûter (aux autres) et combien ça va me rapporter (à moi). Bref, pour qu’un pays comme la France soit « attractif », baissons le coût du travail, établissons une sorte d’esclavage moderne, finissons-en avec les 35h, et tutti quanti.
On pourrait poser l’équation autrement : par exemple, que serait l’attractivité de la ville de Chartes sans sa cathédrale ? Que serait l’attractivité d’Avignon sans son palais des Papes et, cet été, son festival ? Que serait l’attractivité culturelle de la France sans son petit peuple d’intermittents ? Mais c’est là beaucoup demander à des têtes pensantes bourrées de statistiques qui ont comme principale référence littéraire les pages du Financial Times. Certes, on exagère. Dans Le Journal du Dimanche, Alain Juppé a confié ses goûts culturels : La Passion selon saint-Matthieu de Bach et La Tempête de Giorgione (est-ce que ça rend pour autant Alain Juppé « attractif » ? La question se pose). Et Ernest-Antoine Seillière de Laborde n’a pas racheté Editis pour faire des sous mais par amour de la chose écrite . la preuve, selon Libération, il connaît les œuvres complètes de Titeuf !
Blague à part, l’attractivité, c’est un sacré truc. Sauf que, quand Les Echos en parlent, c’est sous la rubrique fiscalité. Eh bien, même sous cet angle, le journal économique confie que « Raffarin peine à convaincre les industriels » (1er juin 2004). On en reste baba : si même les industriels ont du mal à être convaincus par Raffarin, son attractivité va se terminer en eau de boudin. D’ailleurs, dans le même journal, Henri Guaino, ancien commissaire général au Plan, ne se gêne pas : « L’obsession de l’attractivité est une généralisation de la pensée mercantiliste qui ne voit l’enrichissement qu’à travers l’excédent du commerce. » Et toc !


Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2004-06-02

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : édito
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Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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