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Corps et mécaniques


Scènes ouvertes à l'insolite, au théâtre de la Cité internationale.



Du 27 mai au 1er juin, le festival Scènes ouvertes à l'insolite programmé par le Théâtre de la marionnette à Paris donnait un aperçu de la jeune création dans le domaine des formes animées.


La cinquième édition des Scènes ouvertes à l'insolite, au théâtre de la Cité internationale, rassemblait sur cinq jours les premiers spectacles d'une quinzaine de jeunes compagnies. Même si les travaux n'offraient pas toujours une forme aboutie, ils ont reflété la diversité qui caractérise ce creuset du spectacle vivant où se croisent les manipulations de tout poil : des objets, des corps, des mécanismes, des images... Les formes brèves réservaient de belles surprises. Les deux compères du théâtre du Vide-Poche et leur invraisemblable théâtre miniature dynamitent Roméo et Juliette à la sauce cartoon. Dans une autre veine humoristique, la clown Dorothée Saysombat et ses « Petits Essais saugrenus et brèves tentatives de raconter quelques choses ». A partir de presque rien, elle installe un personnage cocasse et touchant, qui s'applique à donner un show minimaliste avec quelques cartes postales sur fond de musiquettes kitsch. L'ingénieux Femme au frigo, théâtre « cinématographique » pour un seul spectateur de la compagnie Avant la lettre, nous fait vivre un étrange tête-à-tête avec une bouchère, dont la vie se découpe en tranches comme autant de steaks. La comédienne Laurence Garcia a travaillé sur cette figure emblème d'une certaine aliénation féminine, viande vivante parmi les chairs mortes. Autre recherche sur le corps, celle de la trapéziste Pénélope Hausermann. Son Cirque de chambre n'utilise pas de marionnette mais s'attaque à l'image du corps-objet. Quelques élastiques posés à même la peau suffisent à évoquer une poupée désarticulée, cousine des sculptures érotiques de Hans Bellmer dont l'artiste s'est inspirée. Jeux vocaux un brin gothiques, contorsions monstrueuses, apparition hallucinatoires de corps suspendu : l'acrobate qui est aussi mime impose un univers sensuel fascinant. Les arts de la piste et le théâtre d'objets ont beaucoup en commun, comme en témoignent les jongleurs Raphaël Navarro et Clément Debailleul avec leur Solo S. Leur recherche visuelle sur les balles et le mouvement associée à la poésie de Michel Butor révèle la richesse du champs produit par le croisement entre littérature et manipulation d'objets. L'écrivain Jean Cagnard a lui répondu à une commande de David Ferré, dont la compagnie Sans Voie a investi le pavillon néerlandais de la Cité universitaire. Le parcours exploitait les différents plans et profondeurs de l'architecture et la présence d'une marionnettiste, d'un acrobate et d'un acteur pour faire entendre un réseau de correspondances entre le corps humain et la ville. Le festival a confirmé sa dimension européenne en programmant un ancien élève de l'école de Stuttgart à l'univers baroque et glam rock, ainsi que deux compagnies espagnoles, notamment Los Hermanos Oligor avec un spectacle attachant, métissage d'arte povera, d'installation d'objets mécaniques et de performance autobiographique. Par ailleurs, le réseau européen Teatro Figura Europa dont fait partie le théâtre de la Marionnette à Paris avec quatre autres structures belge, italienne, autrichienne et polonaise, mène un travail de repérage et d'aide aux compagnies émergentes dans le domaine des formes animées. Une riche initiative quand on sait la difficulté de ces artistes souvent pluridisciplinaires à trouver les cases, et donc les interlocuteurs, qui leur correspondent.

Le théâtre de la Marionnette à Paris : www.theatredelamarionnette.com

Le Teatro Figura Europa : www.europuppet.org



Naly GERARD,
Publié le 2004-06-02

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu
Thème(s) : marionnette,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Naly GERARD (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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