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Festival Corps de Textes
Nuit de réjouissances intimes.
Corps de Textes, sous les auspices de deux thématiques : « Chaos » et « Jouir ! », a passé la nuit du 4 juin à mettre la scène dans tous ses états. Plusieurs propositions artistiques se sont succédées, de la simple lecture à la performance plus aboutie. Au théâtre des 2 Rives, à Rouen.
La troisième édition du festival Corps de Textes a été placée sous les auspices de deux thématiques : « Chaos » et « Jouir ! », soumises à l’inspiration des artistes invités. La nuit du 4 juin, au Théâtre des Deux Rives, a été celle du « Jouir », façon de mettre la scène dans tous ses états. Plusieurs propositions artistiques se sont succédées, de la simple lecture à la performance plus aboutie.
Un premier avant-projet qui n’a eu que quatre jours de préparation, s’est esquissé sur le sujet : « Jouir, un sujet de scène ? » Quelques improvisations sur le « Ceci est mon corps. » du Christ, des considérations sur la génitalité féminine et le fantasme d’attraper le ballon (un ballon de football), et l’essayage d’une garde-robe féminine ont abouti à la lecture d’un long passage de L’Inventeur de l’Amour (1945) de Ghérasim Luca. Ce texte apparut l’héritier d’un surréalisme fidèle à André Breton et, surtout, un précurseur de L’Anti-Œdipe de Deleuze. La rage devant la convention chichiteuse du couple qui érige la femme en maman (et putain, donc), pousse l’auteur dans l’ornière d’une femme-star, étoile que la vénération ramène au fétiche. Triomphe le fantasme d’une jouissance tirée d’une idolâtrie du corps (féminin). Dès lors, difficile aux acteurs de jouir de la scène…
Frédéric Aspisi, jeune auteur-metteur en scène qui travaille actuellement sur un projet intitulé Europe Tragedy, a donné à Isabelle Gardien, sociétaire de la Comédie Française, à lire un texte de sa main, édité, Une Apologie bien particulière, Rabeux-Durif. Le ton évoque une admiration du théâtre à travers des rencontres privilégiées, rapport construit sur un name dropping de quelques praticiens fétichisés pour leur exigence notoire quant à l’art. Des éléments biographiques, l’hommage aux actrices amies, des réflexions sur l’art de l’acteur : « L’acteur se sacrifie pour livrer la poésie. » Sur un fauteuil de cuir, la comédienne, d’une voix dépouillée, transmet l’invisible fil rouge des secrets initiatiques aux éventuels candidats à « l’amour du théâtre».
Sous le titre bandant d’Alzheimer pour tous (Alzheimer for all), l’universitaire Jean-Michel Guy emmena ses amis circassiens, Nathan Israël, Tom Neal et Marie Jolet, dans une performance qui divagua loin du thème originel. Des improvisations à nouveau, quelques acrobaties, du travestissement, de fausses interruptions, des anecdotes sur le rapport des acrobates aux parkings de supermarché et une comparaison entre l’ennui au théâtre et le plaisir sous les chapiteaux, laissèrent le temps à la trapéziste-cuisinière de préparer, en temps réel, une soupe aux légumes, verte et parfumée, dont un verre fut offert aux spectateurs, au final. Une notion plus culinaire du jouir s’en exhala.
Dans Une Liaison pornographique, David Noir, acteur, metteur en scène et artiste, jouit pleinement du « Jouir ! » thématique. Cet aficionado d’Eros et d’Hermès souffre de son époque où l’amour se réduit au consensus sentimental. Travesti en prince hindou, de soie rouge galonnée de noir, il décrivit l’étouffement des possibles de la corporéité et de ses secrets appels. Comment, rappela-t-il, en 2004, se négligent tant d’éphémères pulsions, de zones partielles et rieuses, de rencontres-éclairs propices à la pluralité des utopies sexuelles ! Eu égard à son décalage par rapport aux normes en vigueur, il proposa de se faire envoyer théâtralement chez les Grecs, grâce à l’accessoire suspendu en évidence et devant lequel son postérieur, mis à la Pierre Molinier, se découvrit. Personne n’osa profaner la scène. Alors il chanta : I’m A Man… de Lili Marleen, chant de ralliement des solitaires qui savent l’amour à jouer entre magiciens et poètes (poétesses).
Programme proposé par le Campus Théâtral, dans le cadre de « Jouir ! », festival Corps de Textes, ce jeudi 4 juin 2004 au théâtre des 2 Rives à Rouen.
Mari-Mai CORBEL,
Publié le 2004-06-09
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
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Artiste(s) : Mari-Mai CORBEL (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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