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Neiges de printemps




Spécialisé dans les disques de plasticiens (Serge Comte, Rainier Lericolais) et dans les mélanges indisciplinaires et de bon goût, le label nancéen Optical Sound organise, le 18 juin aux Voûtes à Paris, une exceptionnelle soirée de trois concerts pour le lancement de sa nouvelle production.


Les Neiges du Kilimandjaro : tel est l’intitulé choisi par le label nancéen Optical Sound pour la soirée de lancement, aux Voûtes à Paris, de sa nouvelle production, l’album de Cocoon, un CD avec CDRom derrière lequel se cache Christophe Demarthe. Œuvrant depuis de nombreuses années à la frontière du son et des arts visuels, collaborant régulièrement à l'architecture sonore des mises en scènes de Bruno Lajara, ainsi qu’avec Jean Couturier sur France Culture, Demarthe a été, durant les années 80, membre de Clair Obscur, formation culte de la scène new wave européenne. Comme le rappelle Optical Sound, Clair Obscur fut « l’ un des premiers à avoir officié dans les années 80 en France à des rapprochements entre la musique, les arts plastiques, la danse et le théâtre ».

Dramaturgie sonore
Dans ce « cadre », Demarthe avait déjà pu passer maître dans la juxtaposition des ambiances sonores et la réunion des énergies : d’une cold wave tantôt tribale, tantôt martiale, traversée par un souffle rock hérité de Joy Division, à un expressionnisme abstrait dans l’esprit de la scène industrielle de l’époque, le travail de Clair Obscur déclinait une vaste et sombre palette musicale, allant du plus introspectif et nuancé au plus direct. C’est une même tension entre une énergie très « physique » et la dimension narrative d’un singulier théâtre musical, appliquée cette fois à des matériaux et des processus entièrement électroniques, qui irrigue le déroulement de Cocoon. Par moments, lorsqu’il choisit d’allier les rythmes à des nappes étales à la fois synthétiques et organiques, parcourues d’échos ethniques, le travail de Demarthe évoque les meilleures réussites récentes de la musique ambient : le The Number Of Magic de Richard H. Kirk, autre figure phare de la décennie 1980 avec Cabaret Voltaire, le superbe projet Second Nature de Bill Laswell/Tetsu Inoue/Atom Heart, ou encore la démarche du Français Eric Aldéa, autre rocker sombre (Bästärd) reconverti à la musique de scène. D’autres fois, lorsqu’il s’oriente vers le collage et la répétition de cellules mélodiques simples, voire vers une musique pratiquement bruitiste et concrète, il semble établir le lien entre cut up et click’n’cut… En permanence, ce qui frappe, c’est le souffle éminemment dramaturgique avec lequel est conduit le discours musical, qui fait de la musique de Cocoon une œuvre d’art à part entière, qui suffit à faire de la seule musique de Cocoon une source de ravissement autonome.

Déplacements musicaux
Mais Cocoon est cependant loin d’être un projet strictement musical. Augmenté d’une partie visuelle qu’accompagne cette « bande originale », et traduisant ainsi les préoccupations actuelles de son auteur, Cocoon se veut « un projet global audio/vidéo construit simultanément et en symbiose avec ces deux médiums, ayant comme optique de multiples applications telles que la scène et l'interaction avec le public. Le dispositif scénique mis en place dénote avec l'immobilité caractéristique des prestations-concerts de musiques électroniques. Ce projet revêt un aspect plus intimiste avec son édition, par exemple dans le cadre d'une lecture domestique, il peut être aussi transposé à une diffusion au sein de galeries, centres d'art, boutiques et autres lieux de vie. »
La principale thématique à l’œuvre dans Cocoon est « la notion de "déplacement", plus précisément autour du fait de déplacer, manipuler une personne selon ou contre son gré, traitant donc de sujets à caractère politique ou sexuel, d'instruments de contrôle (thématique chère au visionnaire William Seward Burroughs) ». C’est dire si cette soirée qui convoque les neiges (certes éternelles) du Kilimandjaro à la fin du printemps promet d’être aussi hypnotique que déroutante. Surtout si l’on sait qu’aux côtés de Christophe Demarthe se produiront deux autres experts en itinérance musicale, invités pour l’occasion à proposer des pièces originales : Sylvain Chauveau d’une part, Frédéric Nogray de l’autre.
Rejeton illégitime de Morton Feldman, d’Erik Satie, de la pop de Depeche Mode et du post-rock de Labradford, Chauveau, en marge de ses différents projets (Micro:Mega, Arca, On), a publié sous son nom plusieurs albums (citons Le Livre noir du capitalisme et Nocturne impalpable) qui en font l’un des fers de lance d’un autre label nancéen, Les Disques et du soleil et de l’acier (voir Mouvement n° 28). La musique de Frédéric Nogray, autre autodidacte que l’on a pu voir aux côtés de Otomo Yoshihide ou Peter Kowald, accorde quant à elle « une large place à l’improvisation, à l’aléatoire et au hasard. Sa matière sonore provient de prises de son ou de cessions d'improvisation dans lesquelles il met en défaut le son des appareils analogiques (filtre, table de mixage...) traité, ou non, en temps réel avec un ordinateur portable. » Bref, impossible de rater cet appel du 18 juin !

Les Neiges du Kilimandjaro, le vendredi 18 juin à 20h aux Voûtes (Les Frigos), 91 quai Panhard et Levassor, Paris 13e. (6 euros) Tél. 01 42 40 85 70

www.lesvoutes.org

www.optical-sound.com


David SANSON,
Publié le 2004-06-10

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève
Thème(s) : musique,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : David SANSON (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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