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Marketing politique




Jota Castro, trivialise nos dirigeants et institutions, dénonce la transformation de nos idéaux et icônes en objets de consommation. Une exposition drôle, sociale et politique, mais avant tout cynique, personnelle et artistique.


On rit. On s’en revient d’un week-end de Pentecôte et on se dit que justement c’est bien drôle que Jota Castro expose dans une marmite une tête de Jacques Chirac en cire intitulée Tête de veau. On sourit. On est à quelques jours des élections européennes et l’on constate que cela n’évoque pour Castro, dans sa vidéo Doing it to death, qu’une belle orgie affublée du drapeau aux quinze étoiles sur fond de James Brown. On grince des dents. La brûlante actualité des œuvres de l’artiste doctorant en art et politique nous explose aux yeux quand il photographie le parfait petit attirail des terroristes de l’attentat de la gare d’Attocha (Nature morte « A Madrid »). Né en 1965, résidant et travaillant à Bruxelles, Jota Castro est connu, en particulier depuis l’événement Hardcore au Palais de Tokyo en 2003, pour son activisme politique, pour ses critiques acerbes et « grasses » parfois. Il pose un univers à mi-chemin entre Charlie Hebdo, les « Guignols de l’info » et l’Echo des Savanes, un bestiaire scatologique et sarcastique que l’on peut parfois juger facile et peu artistique, même si, décidément, on rit. Mais si l’on regarde tout ce bazar par le petit bout de la lorgnette, si l’on prête attention au détail artistique noyé au milieu de cette fange d’actualité très française et très européenne, si l’on se décide enfin à privilégier la forme sur le fond, alors la face de Janus avec laquelle on cause n’est plus celle qui sourit (bêtement). Et après tout ce n’est pas drôle du tout ce qui se passe ici : si le rire enfantin devait être convoqué, ce serait celui de la nostalgie du tableau d’écolier (Bouc émissaire, Tableau noir et craie), celui du stade sado-anal (Buscando America, Anal plug) que l’on a tous connu et que l’on veut tous refouler. Jota Castro photographie ses idoles et brise le verre du cadre qui entoure leur portrait, parmi lesquels celui de Sigmund Freud à propos duquel il dit « ça me fait rire de savoir qu’[il]aimait la cocaïne autant que moi ». Si Jota Castro se complaît dans le trivial, si avec lui on a pour une fois l’impression d’avoir à faire à un art populaire, les références sont tout de même là, ça et là : Basquiat, explicitement, dans l’œuvre lumineuse Samo, mais aussi Thomas Hirschörn, Robert Indiana, Arnaud Labelle-Rojoux. Comme ce dernier il mixe ce qu’il peut y avoir de plus vulgaire et de plus raffiné, de plus profane et de plus sacré : l’injonction nationale « Aux armes citoyens » devient un néon digne d’une enseigne de boucherie ou de sex-shop, le ministre de la culture prend le maillot d’avant-centre de l’équipe de foot nationale, les textes de loi font un bon combustible pour roussir la fameuse tête de veau… Beaucoup plus français que péruvien, Jota Castro qui est diplômé du Collège européen de Bruges et a travaillé pour l’ONU, n’en a pas fini de couper des têtes et de plonger dans le nombril de son sur-moi et de notre inconscient, de faire non pas le pitre mais le bouc, lui qui, en tant qu’artiste, reste un émissaire. L’art n’est-il pas l’utilisation sociale des humeurs toutes intimes de nos chers artistes ?

Jota Castro, Bouc émissaire, jusqu’au 20 juin. Galerie Kamel Mennour, 72 rue Mazarine, 75 006 Paris. Tél. : 01 56 24 03 63.


Ophélie RAMONATXO,
Publié le 2004-06-10

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) :
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Jota CASTRO (plasticien), Ophélie RAMONATXO (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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