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Robyn Orlin, efficace et débridée


«We must eat our susckers with the wrapper on. . .»



La nouvelle pièce de la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin, sur le thème du sida, est une fois encore efficace et débridée.


Le sida est un tabou social qu'un silence recouvre. Un réel fléau qui ravage, entre autre, l'Afrique du Sud. La dernière création de Robyn Orlin en a fait son sujet, s'inspirant d'un adage répertorié dans les townships de Johannesbourg: «we must eat our susckers with the wrapper on. . .»: on doit manger nos sucettes avec leur emballage. Le titre même de la pièce évoque la consommation sexuelle «avec préservatif», mais également le regard porté sur cette réalité qui, tout en en témoignant, en démonte le halo hypocrite: «l'emballage».
Ici les sucettes se sucent, s'engorgent, par deux, par trois, par grappe, sans retenue. Le public aussi y goûte. . . mis en scène sans effet, il fait partie de l'histoire. Il est une personne con-cernée, étymologiquement: prise en considération. Il est inclus dans le spectacle par son corps et son image. Certains portent des corbeilles, d'autres prêtent leurs chaussures. Des danseurs s'infiltrent parmi les spectateurs et, avec des minuscules caméras, passent certains rangs au crible et transfèrent en direct des gros plans incorporés à l'action scénique. Le plateau se décentre physiquement et métaphoriquement. L'espace de représentation, une fois de plus chez la chorégraphe, déborde son cadre dans l'énergie irradiante d'une action multiforme.
Les danseurs, hommes et femmes, affublés de tennis et de robes courtes et colorées, de seaux en plastique rouge, jouent de leur travestissement et accessoires pour entonner des récits. Des rythmes prennent naissance dans les pieds, sur les seaux. Des chants a cappella traditionnels, musiques africaines et blues. Jeux de la rue, danses zouloues et rondes cérémonielles, le traditionnalisme prend toute sa signification: il fait revivre le corps et conjure le silence fait autour de sa destruction. De quel corps s'agit-il? Du corps absent, témoin, précaire. De celui qui veille, qui rend hommage, célèbre, affronte, lutte et enfin ressuscite.
Plus qu'un spectacle, cette pièce agit comme une cérémonie publique. Le scénario porte un sérieux simple, un hommage sans poncif. La pièce, sur une fausse fin, (une tombée de rideau), relance son mouvement dans un second rituel: l'allumage d'un nouveau feu, symbole d'un printemps à venir. Des ampoules rouge alignées, régulières, descendent du plafond dans la salle entière dans un temps final de recueillement et d'union.
Cette pièce, par son recours au sacré, traite de son sujet de façon universelle. Ce spectacle opère par son exaltation. Sa vraie tradition est dans une danse qui brutalise les formes par leur destruction et «prépare la voie à une autre naissance d'ombres autour desquelles s'agrège le vrai spectacle de la vie»*.
Dans son investissement politique, la chorégraphe, entourée de brillants interprètes, présente à nouveau une pièce efficace et magique.


(*Le théâtre et son double, Antonin Artaud, préface)


«We must eat our susckers with the wrapper on. . .»: Jusqu'au 23 février, création mondiale, au Théâtre de la Ville, 2 place du Châtelet, Paris Ive. 01 42 74 22 77.

Anne VAN HOVE,

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : sida, Afrique, danse,
Artiste(s) : Robyn ORLIN (chorégraphe), Anne VAN HOVE (rédacteur),
Passage(s) : Le Manège Maubeuge 59600 , Le Manège Maubeuge 59600 , Espace Malraux de Joué-lès-Tours Joué-lès-Tours , TNT - théâtre de la Cité Toulouse 31000 , Scène Nationale Orléans, Le Carré Saint-Vincent Orléans 45000 , Le Quartz Brest 29 200 , Le Lieu Unique Nantes 44000 , Théâtre national de Bretagne Rennes 35000 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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