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Corps sous contrainte


«Dispositif 3.1»



Corps sous contrainte, corps uniformisés, état des lieux avec le Dispositif 3.1 d'Alain Buffard.


Dispositif 3.1 est un grand «jeu de rôles» à la perversion nourrie de contraintes corporelles et spatiales. Une piste rectangulaire délimite la scène de part et d'autre de laquelle le public se fait face tandis que les danseurs ne se retrouvent, eux, jamais face au public.
Un match où se rencontrent une entraîneuse et trois coureurs. Trois femmes (Laurence Louppe, Claudia Triozzi, Anne Laurent) et un homme (Alain Buffard). Trois danseurs et une critique d'art. Une tournante de combinaisons dans ce quatuor en uniformes. Chacun couvert des mêmes genouillères, d'un même tablier blanc (évoquant le travail, l'éducation, la docilité) et d'une perruque blonde retournée, une sorte de «Tchador Barbie», comme l'a définie Sabine Prokhoris.
Ainsi se présente la figure quatre fois clonée d'une «little girl», servile, qui exécute, tout au long de la pièce, des exercices d'apprentissage pervers, entre rapport de pouvoir et de savoir, jusqu'à son épuisement physique et psychique. Des saynettes se succèdent, rapides, à la croisée desquelles se lit un corps historiquement marqué, en premier lieu, par la danse contemporaine. Le chorégraphe semble régler des comptes à une instruction qui passe par l'exercice de la reproduction et de la répétition. On s'aperçoit, ici, que la copie devient plus intéressante que le modèle. . . En un second lieu,marqué par l'art contemporain et le type de discours «conceptuel» qui lui est caractéristique. Une pseudo installation est commentée par Laurence louppe, dans une conférence sur-jouée, emphatique et pathétique.
Au fil de ces épisodes, le corps suit une lente ascension vers le marquage de sa singularité, et rejette toute idée de formatage. . . la perruque tombe avec le tablier, les voix se mêlent dans des chants cacophoniques, «faisant force d'indocilité». Les contraintes sont dépassées./nCe travail d'exploration poursuit cette pensée d'un corps, allié du possible et du multiple, dont l'idée essentielle n'est pas donnée. C'est finalement la grande réflexion que traverse la danse contemporaine, celle que, «le corps contemporain est un corps historiquement marqué par l'abandon de la prise de pouvoir sur les choses». (1) Si le propos n'est pas neuf, cette création singulière en porte la marque de manière corosive.

(1) Laurence Louppe: «Poétique de la danse contemporaine»


Anne Van Hove

Anne VAN HOVE,

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : pouvoir, travail, clone, liberté,
Artiste(s) : Alain BUFFARD (chorégraphe), Anne VAN HOVE (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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