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David Rolland ou l'éloquence du corps - portrait




David Rolland orchestre propositions, « readymades » chorégraphiques et pièces « audio-choréo-visuelles ». Etats de perception du corps et plis de conscience se déploient dans un espace textualisé par le chorégraphe nantais.


« Le corps est énigmatique : partie du monde sans doute, mais bizarrement offerte, comme son habitat, à un désir absolu d'approcher autrui et de le rejoindre dans son corps aussi, animé et animant, figure de l'esprit. » Force est de constater que la pensée de Merleau-Ponty fait sens dans les recherches chorégraphiques de David Rolland. Initié par Béatrice Massin, Mié Coquempot et Odile Duboc, David Rolland compose chaque performance comme un entrelacs du corps et du monde. Les Marcheurs (2003), les Assis (2004) et les Lecteurs (inédit) constituent un triptyque matriciel que le chorégraphe et les performers expérimentent, d'après la lecture individuelle de cahiers (écrits pour une cinquantaine de bénévoles). Le continuum, supposé infini, de ce matériau chorégraphique est ponctué de gestes, de mimiques, de postures, d'attitudes et de regards. Similaires aux partitions de Rudolf Laban, les cahiers guident progressivement déplacements et avancées. Instants ordonnés et désordonnés renouvellent sans cesse la forme chorégraphiée. L'espace temporel s'étire et se dilue jusqu'à ce qu'une situation donnée s'épuise. Dans les Marcheurs et les Assis, l'écriture chorégraphique de David Rolland questionne la frontière entre spectateurs et danseurs en créant de microzones de fragilité. Cette frontière est rendue d'autant plus visible par une double lecture. Chaque performance chorégraphique est filmée. Un montage vidéo précise dans un deuxième temps le regard que pose le chorégraphe sur la performance. Un aller-retour entre forme spectaculaire et forme non-spectaculaire s'effectue. Tout en proposant au regard du spectateur de décider ce qui pour lui fait spectacle, c'est-à-dire de définir les conditions même de sa présence en tant que spectateur. Tous les chemins mènent à la compagnie Ipso facto danse, que David Rolland a fondée avec Angela Fagnano en mai 1999, en corrélation avec la galerie Ipso facto. Leur pièce chorégraphique L'humour des Chiens de Garde (2002-2004) se joue des codes de la communication non-verbale, de leur polysémie, et de mises en situation successives du corps, transmetteur-récepteur, ancré jusqu'à l'absurde dans le quotidien. Quatre interprètes évoluent dans un espace-temps déterminé par les installations de Jean-François Courtilat et de Jean-François Guillon, les bandes sonores d'Anne de Sterk et les « textes chuchotés » de Pierre Giquel. Plusieurs strates de perceptions s'interpénètrent et questionnent l'espace, tel un faisceau d'indices et de fonctions, qui s'agrègent et se désagrègent. Une tentative de dialogue critique avec les arts plastiques pour réveiller ce que l'on nomme la « modernité inachevée ».

David Roland répondra à l'invitation de la plasticienne Rose-Marie Martin et présentera les Lecteurs le 17 juin à Nantes, puis le 26 juin à Marly le Roi, lors de la Nuit de Jeune Création Européenne (manifestation organisée par les Pépinières Européennes pour les jeunes artistes).

Cécile FAVER,
Publié le 2004-06-17

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : audiovisuel, performance, chorégraphie,
Artiste(s) : Cécile FAVER (rédacteur), David ROLLAND (chorégraphe-interprète),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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