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Performances, vous avez dit performances ?
5e édition du festival Le Livre et l'art au Lieu Unique à Nantes
Yves-Noël Genod et le groupe St Augustin composent une tautologie médiatico-artistique. Tandis que Marika Bührmann et jOhn frOger proposent un duo intimiste. Deux "performances" habitées d'un même questionnement : qu'est-ce qui fait spectacle?
Avant-dernier jour du festival. Le sous-sol du Lieu Unique est plongé dans la semi-obscurité. Trois chaises longues au tissu rayé vert et blanc sont placées en arc de cercle par rapport à un fauteuil, près duquel une lampe en pied éclaire l'espace en lunule. Des tapis rectangulaires aux motifs en arabesques colorées jonchent le sol. Les spectateurs entrent, s'assoient sur des chaises, des bancs ou des coussins. La programmation annonce la performance du groupe St Augustin. « L'église est froide, voilà ce dont ne parle pas la performance. » Yves-Noël Genod a décidé ce jour-là d'être plus histrionique que d'habitude. « On commence par les remerciements. » lance-t-il, à la manière d'un Monsieur Loyal, présentant au public Thomas (Scimeca), Julien (Gallée-Ferré), Jonathan (Capdevielle), Micha (Derrider), Fred, Mylène et... toute la petite famille. Une bande-sonore diffuse des applaudissements pré-enregistrés. Les quatre Augustins polymorphes improvisent un jeu audiovisuel, implicite et hyperréférencé, tel un jeu de dupes dans lequel « la Fête du cochon » et le partenariat avec « les briquets Kiket » ont autant d'importance que Baudelaire et son « Sois sage, ô ma douleur... » ; se réapproprient quelques éléments d'actualité : la commémoration du débarquement allié, le mariage homosexuel fêté en pleine nature à Bègles, la venue le même jour au Lieu Unique de Jean-Yves Jouannais présentant L'idiotie en art. Surréalisent et chantent Où sont les fans ?, orné de quelques trilles suraigus. Déstabilisent, déroutent et « cuisinent » d'autant plus les spectateurs, quand, au bout d'une demi-heure, deux personnes se lèvent et quittent le lieu. « On remercie le monsieur et la dame, on vous remercie tous puisque vous êtes obligés de partir. » dit l'Antéstar Yves-Noël Genod. Les corps de ces quatre antihéros de la société du spectacle se contorsionnent et se distordent. Leur parlé-chanté se fait tour à tour arrogant-pathétique, dithyrambique-corrosif, frôle le mauvais goût et exacerbe précisément la révolution moléculaire des « pop-stars augustiniennes ».
Au verso de cette « écriture du désastre », la proposition de Marika Bührmann et de jOhn frOger, Adhérence publique, questionne le champ des microperceptions corporelles dans l'espace public. Que se passe-t-il ? Rien d'exceptionnel, rien d'extraordinaire. A quelques centimètres du bar du Lieu Unique, deux corps se tiennent debout en silence, à peine enlacés. La main de l'un est posée sur l'épaule de l'autre, yeux fermés. Lui place sa tête sur son épaule, elle résiste, son corps oscille. Microdéplacement, réajustement. Il resserre ses mains autour de son corps, semble la soutenir. Une jeune femme est assise sur l'un des tabourets du bar. Les voit-elle ? Un homme regarde autour de lui, il dépose son sac de voyage contre un poteau. Sait-il ce qui se passe juste à côté de lui? On ne sait ni depuis combien de temps ils sont là, ni ce qui fait que notre regard les voit à un moment donné. Leur posture apparemment quasi statique dans un espace traversé de flux aléatoires dans lesquels s'entremêlent codes sociaux et jeux de représentations ? Un groupe d'individus sort d'une conférence, descend les escaliers et envahit l'espace. Les deux corps continuent leurs infimes négociations à l'intérieur de cette parenthèse pointilliste, chacun avec lui-même et de l'un à l'autre. Ils esquissent un corps à corps en double écoute, juxtaposé, et paradoxalement un entre-deux en interaction avec l'espace extérieur. Des états de corps ineffables se succèdent, convergent ou divergent, et déploient les plis de cette forme non-définie et antispectaculaire. C'est dire jusqu'où l'espace en perpétuelle naissance interroge le corps, ses résistances, ses contradictions. Il crée un passage entre l'espace sensible, le « dire » du corps et un mouvement subjectif nécessairement « nomade ». Presque imperceptible, chaque geste est délicatement posé en tant que présence. L'espace des possibles s'ouvre-t-il dès lors que cette origine est posée? Qu'est-ce qu'accueillir le corps de l'autre, cet autre élargi à l'altérité ? Une adhérence « jusqu'au bout des doigts ».
Le groupe St Augustin, Marika Bürmann et jOhn frOger étaient présents au Lieu Unique, à Nantes, les 5 et 6 juin 2004, dans le cadre du festival Le Livre et l'art.
Cécile FAVER,
Publié le 2004-06-17
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : performance, spectacle, intime,
Artiste(s) : Cécile FAVER (rédacteur), JOhn FROGER (chorégraphe), Marika BÜRMANN (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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