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Fresnoy numérique
Panorama 5, l'exposition annuelle du Fresnoy à Tourcoing présente quarante artistes numériques en quête de rencontres entre rêve et technologie.
Au milieu d'une débauche de technologies entre écrans plats, webcams et lunettes anaglyphes, une lourde balançoire en bois émet une mélodie enfantine improvisée en live par le balancement d'un spectateur. En apparence pure pièce d'artisanat, l'installation interactive analyse grâce à des capteurs de présence le poids du visiteur, son balancement, ses gestes, et transforme les données en musique en déclenchant le jeu de médiateurs sur des cordes de guitare. La Balançoire du Moldave Vaeceslav Druta fait la jonction « entre art contemporain et création folklorique et inscrit la performance dans une activité banale et quotidienne ». Vaeceslav Druta est l'un des quarante artistes de Panorama 5 - jamais vu, l'exposition annuelle du Fresnoy à Tourcoing. Baptisé Studio national des arts contemporains, Le Fresnoy fonctionne davantage comme un complexe de résidence et de production que comme une école d'art. Il met à disposition de jeunes créateurs venus des quatre coins du monde des moyens techniques à la pointe, l'accompagnement-enseignement d'artistes reconnus, et finance à hauteur de 8500 euros la réalisation d'une œuvre personnelle audiovisuelle (photographie, film, vidéo) ou numérique (installation interactive, net art, hypermédias). Parmi les travaux des étudiants, Panorama 5 présente ceux des six artistes-professeurs : Bruno Dumont, Gary Hill, Atau Tanaka, Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, Andrea Cera, S&P Stanikas, Charles Sandison et Grégory Chatonsky. Créateur de net art, Grégory Chatonsky propose Se toucher toi, une fiction virtuelle et sensuelle reliant en temps réel trois mains et trois espaces. Sur fond de paysages bucoliques, les mains d'un homme et d'une femme s'approchent, se frôlent, se touchent, se caressent, puis se séparent sous la main du visiteur qui les dirige avec la souris, comme si la main du spectateur touchait de façon invisible les mains du couple, « comme si ce trio de mains se touchait dans le secret du dispositif », dit Chatonsky. A voir et toucher online sur www.incident.net/works/touch.
Plongeant le spectateur dans des sphères mentales beaucoup plus inquiétantes, Il faudra descendre vers le haut, l'installation de la Vénézuélienne Sabrina Montiel-Soto est composée d'un lampadaire où se débat un papillon et de madriers de sapin sur lesquels le spectateur se hisse pour observer une séquence vidéo. En chaussant des lunettes spéciales (rouge/cyan), on voit en relief une femme escalader un enchevêtrement de vieux bois grinçants pour tenter d'échapper à un piège profond. Irrémédiablement attirée par l'abîme qu'elle fuit – comme le papillon la lumière brûlante – la jeune femme finira par redescendre dans sa prison physique et mentale. Remake digital de Vertigo, Il faudra descendre vers le haut tire le spectateur dans le vide grâce à l'effet de la stéréoscopie et pose la question de l'enfermement et de la place du spectateur dans un dispositif.
De nombreux travaux d'élèves explorent les territoires de l'interactivité. Dans Les éternels, un thriller constitué de trois histoires parallèles, le spectateur peut d'un clic passer d'une histoire à l'autre, avancer ou reculer dans le scénario, changer l'aspect physique d'un personnage et changer de point de vue sur l'histoire... « C'est le spectateur qui écrit l'histoire du meurtre. », commente son auteur Jean-Marc Munerelle qui volontiers « modifie et perturbe la perception du spectateur et inverse les codes habituels de navigation ». Parmi la diversité des propositions, on notera également le travail drôle et tragique de Morgan Dimnet qui prolonge avec Uki-Yo, les fresques évolutives du combo Qubo Gas. Sur une plaque de verre, de frêles paysages inspirés de la peinture japonaise sont bouleversés par une envolée de papillons, un séisme. Ces événements sont provoqués par une suite numérique et poétique qui chuchote parfois des haïkus. « Avalant les nuages / Rejetant les pétales / Les montagnes de Yoshino. » Un souffle d'onirisme dans un raz-de-marée d'algorithmes.
Panorama 5 – Jamais vu, jusqu'au 6 juillet au Fresnoy, 22 rue du Fresnoy à Tourcoing. Tél. 03 20 28 38 05
www.panorama5.net
Selma SCHNABEL,
Publié le 2004-06-17
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : chronique
Thème(s) : multimédia,
Mot(s) Important(s) : technologie numérique, festival,
Artiste(s) : Selma SCHNABEL (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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