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Quand Psyché n'a pas le moral...
Véronique Hubert ouvre à la galerie Quang un nouveau volet de ses histoires conceptuelles peuplées de personnages fictifs, reflets des êtres anxieux que nous sommes. Symptômes, malaise, thérapie.
Buren a ses rayures, Rondinone ses clowns obèses, Orlan ses implants...Véronique Hubert, son dada à elle, c'est un pénis à lunettes. En 1996, l'artiste française, née en 1970, invente ce petit personnage malléable baptisé Mimicry et le condamne, de sa baguette magique, au fabuleux destin de tête pensante d'un réseau mondial de contestation citoyenne, le MADC (Mimicry Anti Discret Canin). Un gourou, un sigle... il ne manque plus qu'un credo : nos chiens, charmants animaux de compagnie, ne sont rien de moins que des espions, des agents secrets au service d'une organisation concurrente « reliés par des capteurs interpileux à des bureaux internationaux de renseignements généraux ». Déjà stressés par les caméras saisissant notre image dans n'importe quel lieu public, par le flot d'informations écrites que nous lisons dans une journée et qui, placées les unes à la suite des autres et relues à voix haute, suffiraient à combler une autre journée, oppressés par les catastrophes de ce monde dont la nouvelle heurte presque spontanément nos oreilles et notre hypersensibilité humaine, à une époque et dans un pays où « Sarkozy est un problème social », il faut aussi, désormais, nous méfier des chiens. Par le doigt de la fée Utopia, sœur jumelle de Björk et originaire de « Spotniavie », Véronique Hubert nous convie dans son monde de relaxation, un monde où le temps serait infini, où l'individu laisserait glisser sur lui les slogans publicitaires et où il faudrait croire aux vertus militantes d'un pénis en plastique maniaque de son téléphone cellulaire : retour à la réalité dans l'espace de la galerie Quang. Les quatre séries de vidéos présentées au sein d'un environnement conçu in situ et sûrement dérobé à Yayoi Kusama (collages, pastilles fluos, miroirs), nous détendent simplement par le fait qu'elles présentent notre stress exagéré comme totalement normal et nous exhortent à adhérer à une thérapie de confrontation surdimensionnée et masochiste à ce qui nous exaspère le plus. Les vidéos sont saturées de messages superposés, d'injonctions subliminales et répétitives, de personnages excédés comme nous d'être pourvus de capteurs tournés vers les nouvelles de ce monde sans lequel nous serions tellement plus tranquilles. Cette thérapie a un seul et unique objectif, l'homéostasie : « L'homéostasie se définit comme la capacité de l'organisme à maintenir un état de stabilité relative des différentes composantes de son milieu interne et ce, malgré les changements constants de l'environnement externe. » BD, dessins, espace musical s'ajoutent à l'environnement interactif qui ouvre l'exposition : diversité des médias mais continuité des messages, Véronique Hubert, cette Fille Aux Grandes Mains (un de ses personnages fictifs) a appliqué sur elle-même sa propre prescription. Elle détient ici la clé des champs que nous aimerions chaque jour envahir, la solution à nos dilemmes quotidiens entre satisfactions humaines et actions sociales : comment être heureux en connaissant les statistiques de mortalité du SIDA, comment rester enfant tout en militant, comment, en fin de compte, être femme, dans un monde dirigé par des pénis à lunettes ?
Partout avec vous (Utopia et Mimicry),Véronique Hubert à la galerie Vanessa Quang, jusqu'au 30 juin. 31 rue St-Roch à Paris (Ier). Tél. 01 49 27 03 34.
Ophélie RAMONATXO,
Publié le 2004-06-17
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : art contemporain,
Mot(s) Important(s) : critique, vidéo, humanité,
Artiste(s) : Ophélie RAMONATXO (rédacteur), Véronique HUBERT (plasticien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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