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Une poétique de la sensualité


Portrait de Angels Margarit



Angels Margarit affirme le choix d'une ligne chorégraphique basée sur une ligne propre au mouvement.


Le désir de la ligne
Dans un texte sur la peinture de Joan Miró, le poète René Char devine la «trajectoire d'une image lancée à sa propre et omniprésente poursuite». Dans ce cas, le geste de la peinture «procède par pures ellipses, superpose, lace des images dont chacune se révèle au moment où elle plonge dans l'autre», et la forme ainsi engendrée devient « une chaîne d'avènements ». En va t-il autrement pour la danse?
Dès lors qu'elle n'est pas soumise à l'injonction d'une théâtralité, ou d'un sens à recouvrir, la danse n'a d'autre fil que son propre devenir. «Ainsi la ligne a t-elle chaque fois un désir, qu'elle suit tout en le découvrant», ajoute René Char de la peinture de Miró; «Que le parcours ainsi créé soit enjoué à loisir, il a toutes les chances de rester éblouissement devant la découverte, et non pas redondante satiété». René Char distingue encore dans la peinture de Miró une «respiration presque sensuelle de l'espace dans l'action simultanée des lignes».
Dans ces quelques mots de René Char sur Miró, beaucoup est dit des qualités de la chorégraphe barcelonaise Ángels Margarit de «Mudances». Un atavisme catalan serait-il à l'oeuvre?


L'esprit du mobile
On ne conçoit guère de danse immobile. Mais on connaît des attitudes figées, des mouvements qui confinent à la pose, des énergies statiques. Chez Ángels Margarit, la danse a toujours su éviter la stupeur de l'harmonie. Pour autant, la mobilité d'un corps, ou d'une chorégraphie, n'est jamais absolue. Certaines parties sont au repos quand d'autres sont en mouvement. Plus encore, il faut la stabilité d'une structure pour soutenir la mobilité qui crée le mouvement.
On pense bien évidemment aux «mobiles» du sculpteur Calder : une base suffisamment leste, à la fois massive et aérée, sur laquelle reposent des balanciers, des articulations de matière. Figures de gravités dansantes.
Les compositions d'Ángels Margarit ont cet «esprit du mobile». D'une structure ferme s'extraient des intensités singulières.

Jean-Marc ADOLPHE,

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : portrait
Thème(s) : art plastique, danse,
Mot(s) Important(s) : mouvement, sensualité, espace, Espagne,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur), Angels Margarit (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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