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Edouard Levé, rêves reconstitués




Edouard Levé élabore une logique du rêve singulière mêlant onirisme, mise en scène et photographie.
du 6 juin au 6 juillet 2000 à la galerie Immanence, 21 rue du Maine - 75015, tél. : 01 42 22 05 68.


Edouard Levé rêve. Eveillé, il se souvient d'images, résidus oniriques dont il note les moindres détails. Puis, dans la mesure du possible, il contacte les personnages rêvés, les met en scène pour les photographier, selon un protocole strict, respectant au plus prés son image mentale. Les photographies à la plastique sobre participent ainsi d'au moins quatre espace-temps où l'organisation du sens s'effectue selon des modalités distinctes : le monde, le rêve, le souvenir, la mise en scène. Ces quatre espace-temps sédimentés dans la photographie crée l'atmosphère paradoxale d'un ailleurs sans lieu ni temps assignables où les scènes, éclairées d'une lumière froide, se dégagent sur un fond blanc uniforme. Extraites de la trame narrative du rêve, une lecture univoque est impossible et l'artiste ne donne aucun indice : la raison de la coordination des éléments de l'image est inaccessible. Dans l'acte photographique, les images s'autonomisent de l'activité onirique qui est pourtant leur source. Mise à distance du contexte psychologique qui est leur raison , elles deviennent des signes sans cible, et n'ont d'autre vérité que leur plasticité. Les $rêves reconstitués $ sont des images perverses, non dans leur motif mais dans leur statut. Ils sont en flottement, dans l'entre-deux de l'irréel et du tangible, du mensonge et de la vérité.
A travers cette transposition du rêve en réalité, Edouard Levé bloque toute possibilité de conférer une interprétation à ses images, elles sont en flottement dans l'ordre du sens, mais leur processus de réalisation les éloigne également du non-sens. Il parvient ainsi à une expression plastique personnelle et désigne l'ambiguïté inhérente à toute photographie. Pour qu'une image puisse être lisible, il lui faut posséder une orientation textuelle, c'est-à-dire soit une légende explicative soit des signes compréhensibles, des indices déchiffrables par la plupart. Dépourvue de codes de lisibilité, l'image perd son sens. Or, ces codes n'appartiennent pas forcément à la photographie elle-même, pas plus à son référent : ils sont ce par quoi l'image est parlée donc possiblement manipulée. Les $rêves reconstitués$ jettent le doute sur la réalité du référent : aucun indice ne permet au spectateur d'être sûr que ces images sont effectivement celles de rêves reconstitués, peut-être n'est-ce qu'une stratégie pour troubler l'acception des photographies. La raison pour laquelle nous indexons les photographies d'un principe de réalité, repose sur les mêmes bases que notre rapport à la réalité. Lorsque, dans les $Méditations Métaphysiques$, Descartes s'interroge sur la certitude d'être éveillé il ne peut invoquer qu'une croyance, de même, dans $Le visible et l'invisible$ Merleau-Ponty parle de " foi perceptive ". La distinction entre veille et sommeil repose sur une évidence que la raison peine à fonder, mais le problème du référent photographique met en question une foi en la conception du réel d'autrui. Les $rêves reconstitués$ jouent sur cette croyance sur laquelle repose une partie de notre appréhension du monde.


Léa GAUTHIER,
Publié le 2004-06-17

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : photographie,
Mot(s) Important(s) :
Artiste(s) : Léa GAUTHIER (rédacteur), Edouard LEVE (photographe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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