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L'Espagne loin des clichés
La scène contemporaine espagnole
Avec la liberté retrouvée en 1976, l'Espagne a plongé dans l'effervescence. Mais en l'absence d'une véritable politique culturelle, déléguée au pouvoir des «autonomies» régionales, la scène contemporaine espagnole peine à faire entendre sa vivacité.
L'Espagne est certes une démocratie jeune, où les stigmates de la dictature franquiste ont laissé des traces. Lorsque le Caudillo disparaît en 1975, l'Espagne émerge de sa torpeur. Barcelone, la première, semble s'enflammer. La liberté retrouvée se respire dans la rue, jusque fort tard dans la nuit. Dans cette ville tirée au cordeau, mais où tout semble se vivre de travers, apparaissent au milieu des années 80 les premières compagnies de danse contemporaine. Cesc Gelabert et Lydia Azzopardi, de retour de New York, ouvrent La Fabrica. Angels Margarit remporte le premier prix des Rencontres de Bagnolet. L'ancien marché aux fleurs, repéré par Peter Brook, devient un magnifique lieu de spectacles, el Mercat de les Flors, qui accueille les premiers spectacles de la Fura dels Baus et affiche une programmation internationale.
À Madrid, la «movida» prend le relais. C'est là aussi, à la fin des années 80 et au début des années 90, une période d'effervescence. On découvre des compagnies de théâtre (La Tartana, Legaleón, Ur Teatro. . .), et de jeunes chorégraphes (Maria José Ribot, Blanca Calvo, Olga Mesa, Elena Córdoba, Monica Valenciano. . .) qui, souvent avec fort peu de moyens, font preuve de beaucoup d'originalité. Ailleurs en Espagne, la vie artistique semble pouvoir se développer à partir de certains festivals (Granada, Valladolid, Salamanca. . .) dont beaucoup n'auront hélas qu'une très brève existence.
L'année 1992 est pour l'Espagne un véritable feu d'artifice. Les Jeux olympiques de Barcelone, l'Exposition universelle de Séville et, dans une moindre mesure, Madrid, capitale européenne de la culture, font assaut de séduction pour montrer le visage d'une Espagne moderne, déliée des clichés folkloriques qui subsistent à son encontre. Mais en dehors de Séville, qui bâtit à cette occasion le Teatro Central, les équipements culturels sont les grands absents des infrastructures nouvelles dont l'Espagne se dote alors.
Cette absence de lisibilité d'une politique culturelle est renforcée par le poids croissant de la «régionalisation». La Constitution de 1978 a soumis l'Espagne à un modèle de démocratie décentralisée: tout en gardant son unité «nationale», l'État transfère nombre de ses compétences aux «Communautés autonomes» que sont les provinces. En matière culturelle, cette décentralisation est aujourd'hui quasi-totale. Seul un organisme indépendant de défense et de gestion des droits d'auteur, la SGAE (Sociedad general de autores y editores), garde une action globale sur toute l'Espagne. En 1998, le Congrès des salles alternatives s'inquiétait de la «parcellisation culturelle croissante» qui affecte la vie théâtrale. Selon José Antonio Sanchez, de l'université de Cuenca, «ce phénomène de régionalisation de la politique culturelle est très défavorable à la création contemporaine» dans la mesure où le soutien public va prioritairement à «des formes culturelles nationalistes ou populistes». En mai dernier, Alfonso Ordoñez et Sabine Dahrendorf, les deux chorégraphes de la compagnie Danat Danza, réagissaient ainsi vigoureusement à un subventionnement par la Generalitat de Catalunya de 34 millions de pesetas, pour un spectacle monté au Palais des Sports de Barcelone, qui réunissait vingt-deux interprètes dans une chorégraphie censée «expliquer le concept de Catalogne à travers la danse»; un spectacle «dont la motivation est clairement politique et propagandiste, sans aucune relation avec la réalité où se débat la danse contemporaine catalane».
Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2002-04-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : analyse
Thème(s) : danse, théâtre, politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : politique culturelle, histoire, Espagne,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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