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Politiques de l'image


Gianni Motti à la Cosmic Galerie



« Oublier l'art pour faire de l'art. »Gianni Motti constitue des « pièces de revendications » inscrites dans l'espace social « en réaction au mythe de l'artiste créateur ». Personnalité douée d'ubiquité, il a notamment revendiqué l'explosion de la navette Challenger en 1986.


Le premier jour de l'exposition, en écho avec la venue du Président américain à Paris, Gianni Motti parvient à se faufiler parmi le public de Roland Garros « déguisé » en prisonnier irakien, la tête enfermée dans un sac en papier. Les agents de sécurité n'ont pas goûté la performance et l'artiste s'est vu interdit de tennis. Transformant ses interventions en gestes artistiques, Gianni Motti, devenu acteur ou personnage, s'insinue dans l'actualité politique et les médias – comme par exemple dans les pages du Neue Luzerner Zeitung - par le biais des images, photographies ou vidéos. Avec la complicité des agences de presse, il revendique catastrophes naturelles et accidents divers de l'humanité, assumant ironiquement « ce qui arrive » pour susciter une curiosité salutaire ou du moins semer le doute dans nos croyances.
Les trois vidéos présentées au sous-sol de la galerie inversent la perspective en brouillant un peu plus encore les frontières entre réalité et fiction. Loin des performances spectaculaires mises en scène par l'artiste, les images figurent des « choses vues », trouvées par hasard, déplacées dans le contexte de la Cosmic Galerie. Le coup de force tient tout entier dans un décalage visuel et sémantique qui laisse le spectateur dans un étonnement incrédule. Les quatre minutes de hors-antenne précédant l'annonce publique par George W. Bush du début de l'opération « Choc et effroi » en Irak sont emblématiques de cette aporie comique qui nous conduit à relire le cartel d'exposition. Mais c'est bien le Président des Etats-Unis – et non un humoriste sosie - qui apparaît face à la caméra. Grimaçant, il s'invente différentes mines de circonstances pour incarner l'événement, se fait recoiffer une dernière fois, le tout dans un cabotinage déplacé aux allures de pantomime.
Même embarras, plus léger cette fois, devant un concert improbable de policiers en uniformes dans la gare de Genève entonnant et sifflotant gravement Petite Marie de Francis Cabrel dans une campagne de séduction du public. Ils sont de surcroît filmés là où sont habituellement chassés les musiciens mendiants.
A l'image pathétique de Saddam Hussein nageant ou tentant désespérément de garder la tête hors de l'eau, le spectateur passe ainsi du sourire au rire jaune, interpellé dans sa lecture quotidienne et peut être trop complaisante du monde.

Gianni Motti, jusqu'au 24 juillet à la Cosmic Galerie.


Aurélie DJIAN,
Publié le 2004-06-24

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : vidéo,
Mot(s) Important(s) : politique, action, performance,
Artiste(s) : Aurélie DJIAN (rédacteur), Giani MOTTI (performeur), George W. BUSH (président),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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