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Américains œcuméniques
Robert Wilson et Philip Glass lancent le festival lyonnais
Les Nuits de Fourvière se sont ouvertes sur l'adaptation réussie d'un mythe indonésien pour Robert Wilson, et un malheureux recyclage d'œuvres connues pour Philip Glass.
Robert Wilson a présenté à Lyon I La Galigo en ouverture des Nuits de Fourvière. Le festival d'été lyonnais, installé dans l'enceinte de l'ancien théâtre romain, s'est ainsi ouvert avec bonheur au théâtre de recherche.Sureq Galigo est une épopée sacrée écrite essentiellement au XIVe siècle sur l'île indonésienne des Célèbes ; elle raconte les origines de notre monde, dit Monde du Milieu, pris entre le Monde d'en Haut et le Monde d'en Bas, pour les Bugis, peuple du sud-ouest de l'île. Sureq Galigo serait la plus longue œuvre littéraire de l'humanité, comprenant 600 000 vers et une partie secrète transmise uniquement oralement de prêtre en prêtre ; sa traduction, toute partielle, n'a été entreprise qu'il y a quelques années.
La naïveté du récit trouve dans l'esthétique de Wilson une résonance troublante ; et l'on découvre la proximité de l'univers mythique avec celui de Wilson, la fonction et le rôle semblable de la technique dans la cérémonie et chez l'Américain, la même in-signifiance de la fable chez l'un et l'autre, la même attention et la même science du temps – le temps double-face partagé et imaginé. Tout spectacle de Wilson est peut-être de l'ordre de la mélopée mythique, en tout cas il en empreinte les mêmes voies. Un cycle particulièrement riche en nuances et dégradés va décupler la lenteur des scènes en une sorte d'immense et lente vague temporelle, qui sera reprise, suivie, doublée par la musique composée pour le spectacle à partir de mélodies et d'instruments indonésiens. En avant-scène, un prêtre Bugis apprêté pour une cérémonie appuie certaines scènes par ses mélopées.
Le monde des origines que le mythe raconte est peut-être bien le monde que Wilson attend ou rêve. Et la proximité des deux interdit toute question de reconstitution ou de religiosité bigote à l'affaire. C'est à un échange, à une rencontre à laquelle on assiste, durant laquelle les deux promis reçoivent avec le plus soigné de ce qu'ils savent ; le temps sans mesure, sans tempo et sans âge de ce spectacle restera aussi unique que l'entreprise que ce spectacle a été. Wilson est de ceux qui maîtrisent avec fortune cet art du temps, au-delà des débats.
Cette création a donné lieu à une superbe publication, rassemblant des textes de chacun des participants (dramaturge, concepteur lumières, compositeur et témoins) et de spécialistes des Bugis. Magnifiquement mis en page, il présente le monde de I La Galigo, celui de Wilson et décrit la rencontre entre les deux. On le commandera en contactant les Nuits de Fourvière (www.nuitsdefourviere.org).
En fin de semaine, un second Américain annonçait un événement aux intentions tout aussi œcuménique : Philip Glass présentait Orion, une œuvre commandée par les Olympiades d'Athènes. Le compositeur minimaliste américain avait invité des collègues de tout pays à venir partager avec lui et son ensemble ses séquences répétitives. Ainsi le spectacle voyait défiler les solistes sur des instruments traditionnels ; Glass ne compose plus, il arrange ses œuvres passées, que l'on reconnaissait sans peine sous leur nouvel habit. Le final peinait ou faisait plus que sourire : un air publicitaire attendant que l'on sorte les briquets dans la nuit, pétri d'un pathétique de l'espèce la plus veule, lançant le public dans une hystérie de communion plus que triste.
Les deux Américains étaient saisis de projets largement œcuméniques, comme d'autres du même continent il y a quelques mois, mais sur d'autres modes autrement plus intransigeants. De quoi interroger les modes d'échange et de rencontres, la nature de la communion universelle qui habite et interroge ce peuple américain, sa mythique vision de l'humanité à venir.
I La Galigo était présenté du 8 au 11 juin, et Orion le 12 juin, aux Nuits de Fourvière à Lyon. www.nuitsdefourviere.org
Eric VAUTRIN,
Publié le 2004-05-24
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : adaptation, festival, international,
Artiste(s) : Eric VAUTRIN (rédacteur), Bob WILSON (metteur en scène), Philippe GLASS (musicien),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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