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L'espace épidermique
Le corps comme objet visuel: chorégraphe madrilène aujourd'hui installée à Londres, La Ribot développe en solo depuis huit ans le concept des «pièces distinguées».
Entretien.
Vous travaillez depuis maintenant huit années sur le concept des «pièces distinguées». Mais la nature de ces solos et leur mode de représentation ont évolué vers une remise en cause des conventions spectaculaires de la chorégraphie et de ses caractéristiques spatiales et corporelles.
La Ribot: «Trece Piezas distinguidas était la première série». À ce moment-là, j'étais encore en train de définir le concept des pièces distinguées. C'était un nouveau système de travail pour rompre avec mes méthodes antérieures et avec les créations nécessitant des productions trop lourdes. Le concept des pièces distinguées se définissait alors par un format court, des solos chorégraphiés par moi et pour moi, partant du silence et de la nudité. Elles s'inspiraient du corps et de ses mouvements intrinsèques et elles utilisaient des objets trouvés ou que j'avais fabriqués moi-même. Puis j'ai naturellement placé cette série là où j'étais déjà, c'est-à-dire dans un théâtre. Cette série de pièces jouait sur un rapport de séduction avec le public à travers la mise en scène de ma propre nudité. . . Plutôt que de la nudité il s'agissait d'un jeu autour d'une nudité que je cherchais à dissimuler. De la même manière que tout ce qui pouvait renvoyer à la sexualité s'effaçait en réalité derrière un jeu de la sexualité. Je jouais à la représentation de mon corps à travers différentes petites situations. J'y envisageais mon corps comme une toile sur laquelle s'inscrivaient les différentes actions, les couleurs, les mouvements et les objets qui structurent l'ensemble de cette série.
La dernière série, «Still Distinguished», est une énorme installation pour x personnes, dans un espace x, avec une profusion d'objets, des sons, des commentaires, des attitudes, des mouvements. . . C'est une installation en mouvement permanent. Je suis d'emblée avec le public, il n'y a pas de relation directe par le regard mais à travers l'espace, une surface plane que j'envisage comme infinie, avec tous les objets posés au sol. Le corps est pris dans sa dimension sociale et spatiale, et la peau devient première dans mon rapport avec l'environnement de l'installation. L'espace travaillé dans ce rapport épidermique est sans limite. Il n'y a que le voyage intérieur-extérieur en moi, à travers moi et vers le spectateur. Par exemple, dans la vidéo «Pa amb tomáquet», où je suis en train de frotter de l'ail, des tomates et de l'huile d'olive sur tout mon corps, la peau est à la fois espace d'émission et de réception. Au-delà de la peau comme surface-espace, je travaille aussi le corps comme un objet au même titre que les autres objets. L'espace bouge au travers de toutes les petites actions et des mouvements effectués avec les objets.
Alexandra BAUDELOT,
Publié le 2002-04-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : entretien
Thème(s) : performance, danse,
Mot(s) Important(s) : nudité, solo, Espagne,
Artiste(s) : LA RIBOT (chorégraphe), Alexandra BAUDELOT (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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