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Eloge du désordre


«Poésie et sauvagerie»



«Poésie et sauvagerie», la dernière création de Vera Mantero repousse les limites des corps jusqu'au désordre sauvage d'une poésie du décalage.


A voir Poésie et sauvagerie, sa dernière création, on se dit qu'entre sa formation et ses débuts dans la danse classique, sa découverte des techniques de release, théâtre, voix et composition à New York, son travail chorégraphique initié en 1987 et sa participation à des projets d'improvisation tels que le Crash Landing et le festival On the edge, Vera Mantero parvient aisément à dépasser le ciment chorégraphique des appellations hasardeuses et à brouiller les images.
Brouiller les images donc pour faire apparaître les individus dans un magma de confusion où se mélangent sur un même niveau, l'individu et le groupe, la chair et l'objet, l'être et son enfermement: un groupe de personnages agglutinés les uns aux autres, vêtus de costumes extravagants, traverse l'espace à petits pas. Ils se livrent à des conversations secrètes dont le sens échappe au spectateur. Aucune distinction n'est possible, et pourtant, c'est à partir de ce flou dans la masse que peu à peu se détachent des identités: au premier abord c'est une identité de l'artifice, du faux, une identité de l'image. Les personnalités se révèlent progressivement à travers leur manière d'être et un foisonnement d'actions improbables dans lesquelles le corps expérimente son environnement comme s'il s'agissait d'une aire de jeu. Poésie et sauvagerie se déroule sur un mode interactif, convivial et relationnel en ouvrant sur un type de représentation extrêmement vivant et ludique. Les personnages, sortes de Don Quichotte de cinquième zone prenant une machine à laver pour un moulin, partent à la conquête des bas-fonds de la vie quotidienne. En détournant de leur signification les archétypes sociaux que représentent des objets utilitaires tels que des vêtements, une poubelle, des bougies, une machine à laver, une scie, du scotch, des balais, des assiettes, etc., les individus finissent par ne plus discriminer la réalité de leurs phantasmes personnels, et plongent progressivement dans un enfermement individuel jusqu'à décrocher du cercle phatique de la communication.
Par où l'être humain est-il encore capable d'exister à l'état brut et sans artifice?

Alexandra BAUDELOT,
Publié le 2000-07-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : décalage, corps, enfermement, chaos, improvisation, individu,
Artiste(s) : Vera MANTERO (chorégraphe), Alexandra BAUDELOT (rédacteur), Nuno BIZARRO (danseur), Frans POELSTRA (danseur), Christian RIZZO (danseur), Ana Sofia GONÇALVEZ (danseur), Margarida MESTRE (danseur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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