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Mathurin Bolze ou l'envol


« Fenêtres », au festival Terres de Cirques



Aboutissement de La Cabane aux fenêtres, spectacle créé par Mathurin Bolze pour Terre de Cirques 1, Fenêtres ouvre sur un réel sublimé, tout d'apesanteur, de poésie et d'humour, où le sol est matière à envol. Dans le cadre de la deuxième édition de Terre de Cirques, à la Villette.


Après diverses collaborations avec Guy Alloucherie pour Et après on verra bien, François Verret pour Malbrough (spectacle de fin d'année du CNAC), Kaspar Konzert et Chantier-Musil, ou Kitsou Dubois explorant dans Trajectoire fluide ses travaux sur l'apesanteur menés en lien avec la NASA, Mathurin Bolze confirme avec sa dernière création Fenêtres -suite de La Cabane aux fenêtres créée pour Terre de Cirques 1, des qualités d'invention et de présence qui vont bien au-delà de prouesses performatives.
Dans une cabane suspendue, armature métallique largement ouverte aux regards et que ne scelle qu'un seul mur plein aux trappes amovibles, Bachir déleste les gestes quotidiens d'envolées poétiques. Le sol trampoline donne aux déambulations du jeune homme, un relief que seuls octroient les détours: marcher à l'horizontale sur les murs, enfiler ou défaire son manteau à force de saltos, boire un verre d'eau en apesanteur entre deux rebonds, s'accouder tout naturellement à la table après avoir un peu dansé dans les airs.
Chemins de traverse que Bachir « le prévoyant, celui qui prévoit un bonheur » en arabe, sait devoir emprunter pour ne pas souffrir la gravité d'un monde assez peu bienveillant.
Bachir, obstinément étranger au sens commun, peut alors se jouer de lui-même et du reste, en candidat peu convaincu à l'emploi : pris la tête à l'envers dans le sabir des entretiens d'embauche, en « homme amoureux », tantôt jeune coq drolatique, tantôt amant bafoué en de violentes chutes sonores, ou encore princesse aux exigences sensuelles pressées et pressantes, déchue en pleins « déserts de l'amour ».
Le corps peut aussi se faire instrument de musique : moment inouï où Mathurin Bolze, avec une immense feuille de papier à même le trampoline, au plus proche du son des ballets sur la caisse claire, et de cymbales accrochées en quelques points de la scène ou d'impacts, rythme de tout son corps en de surprenants origamis, les accents mélancoliques d'une trompette.
Le réel, transfiguré par ces échappées se gaussant de la pesanteur, apparaît dans sa singulière étrangeté: vues sibyllines et trajets inexplorés qui scintillent entre les objets familiers, un peu comme les signes que Nadja désigne au hasard des rues, esquissant la carte du tendre au revers des perspectives habituelles.
Abolie la vitre entre rêve et réel, intérieur et extérieur, masculin et féminin : les influences se confondent en de subtils entrelacs où il n'est pas question de distinguer. Car c'est au vent du merveilleux que battent ces Fenêtres, de celui qui aiguise le regard, met au défi la perception en des possibles inédits, épinglant les certitudes rationnelles comme de désuets grelots à la boutonnière du rire.
Grain de certaines images à la qualité cinématographique aussi, qui comme dans le regard amoureux, nimbe les gestes simples ou les « temps faibles » d'un halo magique: quand Mathurin Bolze se lave à une bassine en fer près d'une vieille radio diffusant, inégale, un morceau de chaâbi, et allume une cigarette avant de grimper « sur les toits », prendre le frais de l'aube.
Des prodiges encore à nous couper le souffle ou à fendre au visage un sourire exondé des lointaines sensations de cirque, celles où enfant, l'instant rivé aux roulements de tambour, on attend que se dénoue l'effroyable préambule en exploit vainqueur du danger.
Ici, la virtuosité est mise au service d'un réel sublimé avec la même légèreté qui envole Mathurin Bolze en de folles figures, retombant, si ce n'est sur ses pieds, toujours juste entre grâce et humour.

Fenêtres, spectacle de Mathurin Bolze (Cie Les mains, les pieds et la tête aussi) était présenté les 11 et 12 juin 2004 dans le cadre de Parcours sensible 2,, festival Terres de Cirques à la Grande Halle de la Villette jusqu' au 27 juin 2004. www.terredecirques.com


Cécile FAGGIANO,
Publié le 2004-06-24

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : cirque,
Mot(s) Important(s) : cirque, festival,
Artiste(s) : Cécile FAGGIANO (rédacteur), Mathurin BOLZE (clown),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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