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La danse en manque d'infrastructures




Après les «vitrines» de 1992, il ne reste plus en Espagne que quelques «fenêtres» ouvertes à la création chorégraphique.


Comment percevez-vous l'évolution de la politique culturelle menée en Espagne ces quinze dernières années en ce qui concerne la danse?
Blanca Calvo: Lorsque La Ribot et moi-même avons créé la compagnie Bocanada, en 1986, la conjoncture culturelle était très bonne à Madrid. En 1989, nous nous sommes séparées pour développer notre travail personnel. Jusqu'en 1992 tout allait très bien: nous avions de l'argent, des soutiens, c'était très facile de faire des choses, dans la limite des budgets de la culture en Espagne, bien sûr. C'était une période avec de nombreux changements dans le domaine politique, un moment propice aux initiatives des jeunes artistes. C'était ce que l'on a appelé la «movida» madrilène, ou plutôt la fin de cette période. 1992 a été l'année de «Madrid capitale culturelle», des Jeux olympiques de Barcelone et de l'Exposition universelle à Séville. C'est aussi l'année où la situation artistique a commencé à décliner. En quelques années, il est devenu difficile de trouver des endroits où présenter nos travaux, il n'y avait plus d'interprètes, plus de danseurs. . .


José Antonio Sanchez: Il y a eu à partir de 1992 l'inflexion d'une politique qu'avait lancée le parti socialiste à son arrivée au pouvoir en 1982. Après une première phase de normalisation et de création de nouvelles institutions, le Gouvernement a souhaité élever les institutions telles que le Théâtre national, le Museo Reina Sofia, etc., à un certain niveau de qualité. Au milieu des années 80 il a prêté un peu plus attention à certaines formes d'art contemporain.
En 1992, l'Expo de Séville et les Jeux olympiques de Barcelone se présentaient comme des vitrines de l'Espagne moderne, dans lesquelles le Gouvernement a investi des millions, non seulement pour les infrastructures, mais aussi en réalisation. À partir de cette année-là, tout ce qui a trait à l'art vivant, au théâtre, à la danse et à l'art contemporain cesse pratiquement de recevoir des subventions. Entre 1992 et 1994, très rapidement, presque tout disparaît. C'est alors le début d'une politique culturelle plus conservatrice: on recommence à subventionner des formes très traditionnelles, dans des schémas très institutionnels. Cela n'est pas encore lié à un changement politique, qui n'interviendra qu'en 1996 [victoire du parti populaire de José Maria Aznar sur le parti socialiste]. De 1992 à 1996, le parti socialiste est en effet toujours au pouvoir, mais sa politique culturelle change, sous la pression des «communautés autonomes» qui réclament avec insistance que la gestion de la politique culturelle revienne à chaque communauté et que le ministère de la Culture se défasse de certaines missions. Commence alors un phénomène de régionalisation de la politique culturelle, qui est très défavorable à la création contemporaine, et qui ne cherche fondamentalement qu'à soutenir des formes culturelles nationalistes ou populistes selon les cas.

Alexandra BAUDELOT,
Publié le 2002-04-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : danse, politique culturelle,
Mot(s) Important(s) : politique culturelle, structure, Espagne,
Artiste(s) : Alexandra BAUDELOT (rédacteur), Blanca Calvo (chorégraphe), José Antonio Sanchez (professeur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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