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Arts plastiques: la fin du repli
Ramon Tio Bellido retrace le parcours de la création espagnole. De la paralysie des années 80 au renouveau à partir de 1995, le constat est aujourd'hui plutôt rassurant.
Comment envisagez-vous l'actualité artistique aujourd'hui en Espagne?
Ramon Tio Bellido: Tout en gardant un caractère espagnol, dans un sens «ethno-culturel», l'actualité artistique espagnole est au diapason de ce que nous observons plus globalement. En fait, il y a eu un retard dû à des problèmes d'information, de circulation des artistes. Mais grâce à la création d'un vrai réseau d'institutions et de fondations, les artistes espagnols sont désormais plus en phase avec la scène internationale.
Avec quels pays les artistes espagnols entretiennent-ils des relations artistiques? Où ressentent-ils le besoin d'aller travailler?
Les États-Unis ont été un pays où les artistes espagnols ont beaucoup circulé, travaillé. Ce n'est plus vraiment le cas aujourd'hui. De la même façon, depuis dix ans, la France n'est plus tellement le pays où les artistes espagnols ressentent le besoin de venir s'installer. D'une façon générale, les artistes qui font l'actualité artistique de ce pays «vivent et travaillent» dans plusieurs régions en Espagne.
Comment s'organise cette «muséification» de l'Espagne, de ses régions?
Dans les années 60 et 70, l'Espagne avait des fondations privées. Elles étaient donc dégagées du contrôle de l'État. Plus qu'en France à la même époque, la programmation était internationale. Ceci s'est ralenti et achevé dans les années 80. L'État et les régions ont commencé à mettre en place des instruments (musées et centres d'art), cette politique a freiné la diffusion internationale. Dans les années 90, les propositions originales relevaient plus du domaine privé, collectif ou communautaire, des artistes ou des collectionneurs. . . Ce qui a réarticulé les choses dans un meilleur sens. Les institutions ont désormais une programmation internationale suffisamment contemporaine pour qu'il y ait une possibilité de confrontation et de rencontre pour les artistes comme pour le public. Sans grande surprise, les régions les plus riches économiquement le sont également en terme de revendications culturelles: Barcelone, Bilbao, Valence, Saint-Sébastien, Séville, Madrid.
N'y a-t-il pas un paradoxe entre le «mondialisme», le cosmopolitisme et les nationalismes espagnols?
Bien sûr. C'est ce qui explique une sorte de ralentissement manifeste de la création espagnole de 1985 à 1995, dix années durant lesquelles le politique -bien qu'il se soit voulu dynamique sur la question de l'identité autonomiste- a freiné, voire a rendu impossible, ce qui faisait la richesse de la situation espagnole: le cosmopolitisme. J'ai constaté pendant cette période un repliement littéral, flagrant et illustratif des positions aussi bien artistiques qu'idéologiques, esthétiques ou politiques qui ont aggravé la circulation et la diffusion de l'art.
Claire Le Restif,
Publié le 2002-04-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : entretien
Thème(s) : art plastique,
Mot(s) Important(s) : critique, politique culturelle, mondialisation, Espagne,
Artiste(s) : Claire Le Restif (rédacteur), Ramon Tio BELLIDO (directeur de structure),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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