Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Un seul film toujours sauvera le cinéma
Le festival de cinéma d'animation d'Annecy (suite et fin)
Après nous avoir offert, ce 17 juin, un commentaire acerbe de l'édition 2004 du festival international du film d'animation d'Annecy, Hervé Joubert-Laurencin conclut cette semaine sur le « 1% artistique » qui la sauve : The Way de Qing Huang et La Piccola Russia de Gianluigi Toccafondo.
(Annecy, envoyé spécial)
On aura compris qu'il est peu intéressant cette année d'épiloguer sur les trouvailles du festival :
- choix surprenant en cette fin d'année de la Chine en France (nation qui possède pourtant une tradition d'animation sans pareille largement à découvrir), l'invitation de la Corée du Sud, ex-pays de sous-traitance du dessin animé qu'on a voulu nous présenter comme s'élevant au rang de l'art avec un grand A, n'est pas convaincante, même si le dessin animé classique de long métrage qui a eu le grand prix de sa catégorie : Oseam, le temple des cinq ans, de Baek-yeop Sung, est un mélodrame religieux très honorable, racontant l'histoire de deux enfants orphelins recueillis dans un monastère bouddhiste;
- les rétrospectives historiques ont quasiment disparu de la programmation, ce qui ne laisse pas d'inquiéter : restait un documentaire intéressant et bien informé sur Ub Iwerks, pionnier génial et oublié s'il en fut du dessin animé américain (il fut tout de même, comme le dit le titre amusant et intelligent du film, « la main derrière la souris » , soit le dessinateur qui a inventé Mickey Mouse), réalisé par sa petite-fille ;
- une exposition sur le long métrage d'animation français réalisé à Folimage, La Prophétie des grenouilles, justifiée par l'intérêt du matériau et la force du projet, apparaît comme du déjà-vu, alors qu'elle est intéressante et bien faite, tant elle est rapetissée par la dimension de marketing régionaliste du festival qui semble vouloir s'emparer du monde entier pour glorifier la capacité d'entreprendre de la région Rhône-Alpes en offrant deux fois en quatre ans son espace d'exposition international au studio de Valence. Tandis que c'est dans cette ville, et non à Annecy, que se tenait, il y a peu, une importante manifestation avec et autour du passionnant William Kentridge, pensée du point de vue de son travail d'animateur.
Enfin, c'est un soulagement d'en venir au « 1% artistique » qu'on vient désormais dénicher à Annecy. Tant il est vrai qu'un seul film toujours sauvera le cinéma.
Je retiendrai un premier film et le point d'aboutissement actuel de l'œuvre d'un grand créateur contemporain. Le premier est un film d'école australien, réalisé par un animateur qui a étudié à Shanghai : The Way de Qing Huang, ou 7'55'' de peinture traditionnelle chinoise miraculeusement repensée en mouvement avec un logiciel 3D, qui me sont apparues comme une pure merveille. Le second est La Piccola Russia (La Petite Russie), une peinture animée en noir et blanc de 16'30'' de l'Italien Gianluigi Toccafondo, dont la France peut s'enorgueillir, à défaut de l'avoir reconnu par un prix à Annecy, de l'avoir coproduit grâce au travail indispensable et trop isolé de la remarquable productrice Hélène Vayssières à Arte. Toccafondo, l'un des grands coloristes de l'histoire de l'animation (Pinocchio, en 1998, jusqu'ici son chef-d'œuvre, et de nombreux films plus courts, de commande ou de création, depuis 1989, qu'il réalise dans son atelier de Milan puis expose et vend au détail dans le monde entier, car chacun de ses photogrammes est un tableau) fait aussi partie de ces dessinateurs qui savent percevoir au plus intime la ligne flexueuse, le disegno interno, propre aux images cinématographiques. Essere morti o essere vivi è la stessa cosa (Être mort ou être vivant, c'est la même chose) (2000) l'a prouvé avec sa stupéfiante relecture de quelques plans tirés des films de Pasolini, revisités en fantôme et en poète. La « petite Russie » est un territoire d'enfance, autobiographique, du centre de l'Italie, ainsi nommé à cause de ses habitants, en majorité des communistes rêvant d'un Est mythique, le paradis soviétique du grand-père de l'auteur avec ses robinets d'où coulaient des brioches. Le rêve éveillé de l'enfant qui reconstruit avec nous un monde sensuel et ténébreux finit dans la réalité sordide du crime et de la prostitution. L'ordre du rêve commence et finit dans la réalité la plus documentaire qui puisse être, sans rien qui pèse ou qui pose, depuis le filmage en prises de vues directes (retravaillé image par image pendant trois ans et devenu à la fois invisible et perceptible, comme la part maudite du dessin) jusqu'à ce monde utopique : entêtant puisqu'il n'existe, au final, que dans la tête du spectateur – mais ne pourra plus jamais en sortir.
Le festival international du film d'animation d'Annecy avait lieu du 7 au 12 juin 2004. www.annecy.org
Hervé JOUBERT-LAURENCIN,
Publié le 2004-06-24
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : chronique
Thème(s) : cinéma,
Mot(s) Important(s) : festival, animation,
Artiste(s) : Hervé JOUBERT-LAURENCIN (rédacteur), Hervé JOUBERT-LAURENCIN (cinéaste),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :