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Tour de pistes




Un état des lieux du cirque contemporain au festival Terre de cirques à la Villette, jusqu'au 27 juin.


Pour sa troisième édition, Terre de cirques offre un tour d'horizon de la création circassienne actuelle. La plupart des artistes, loin de diluer leur art dans la pluridisciplinarité interrogent le langage du cirque : le corps en action, l'équilibre, le jonglage, le clown... Le cocktail inaugural du festival, Numéro(s) neuf(s), présentait les formes brèves de douze artistes soutenus par la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD). On a découvert des univers personnels, comme celui, grotesque, de la contorsionniste québécoise Angela Laurier, dans un dispositif clinique où les torsions d'un corps androgyne rencontrent des images trash et le texte cruel de David Noir. Ou celui, au contraire, méditatif d'Eric Lecomte qui se promène sur un mobile suspendu. Des personnalités clownesques prometteuses se dessinent, comme le duo Denis Fargeton-Nicolas Mathis, deux Augustes jongleurs mâtinés des Deschiens, ou Camille Boitel, empêtré dans ses fils électriques, dans une étude sur le « brulesque » (sic). Certains virtuoses du porté, dont Katy Pikkarainen et Victor Cathala, déjà aperçus dans le spectacle de la dernière promotion du CNAC, n'oublient pas l'humour. Avec Etreinte d'éternité, Marie-Anne Michel propose une approche originale du mât chinois, souvent apanage des hommes : un vertige vertical serein, dépouillé, sensuel, seulement rythmé par la respiration de l'acrobate et le frottement des vêtements contre le mât. La compagnie A.C.A offrait aussi un instant suspendu avec sa Berceuse, sculpture cinétique, habitée par deux acrobates pour lesquels elle devient partenaire de danse.
Parmi les formes plus longues, le spécialiste du trampoline Mathurin Bolze présentait une forme aboutie de ses recherches, où le corps devient objet de jonglage, pour évoquer le quotidien poétisé d'un jeune travailleur immigré (voir article de Cécile Faggiano sur Fenêtres). Les acrobates de la compagnie Vent d'Autan jouent au chassé-croisé amoureux au son de la clarinette et de l'accordéon. Le joyeux Cirque Désaccordé met en scène le quotidien forcément décalé des circassiens, entre fête et frictions. L'énergie, la bonne humeur pétillante et la magie injectent de la poésie au cœur du trivial.
Philippe Ménard, accompagné de Franck Ténot, creuse, lui, en direction d'un « théâtre jonglé », sans tomber dans la narration ni perdre de vue ce qui l'intéresse en premier lieu : le jongleur. Pièce baroque, Zapptime ! saute du coq à l'âne (travail, télé, « divertissement », rapports amoureux, jeux vidéos...) dans un zapping accéléré, où le jonglage devient une métaphore de notre quotidien. L'ouvrier d'usine, le danseur, le catcheur, l'amant, le sportif, la starlette : tout le monde jongle. Au goût de Philippe Ménard pour le kitsch : le travestissement, le look Playmobil, les Hula Hoop..., s'ajoute un montage kaléidoscopique de séquences vidéos. Les programmes cathodiques se mêlent à Cassius Clay, des extraits superbes de danses populaires des quatre coins du globe côtoient des images d'actualité. La vidéo est aussi un outil pour brouiller directement notre perception. Quand une projection de Franck Ténot se superpose au jongleur sur scène se produit une incroyable illusion d'optique, les gestes du « fantôme » et ceux du jongleur se trouvant à la fois confondus et décalés.
Le théâtre Paris-Villette, qui s'est joint à la manifestation, programmait Espèces, pièce de cirque de Christophe Huysman, toujours à l'affût des hybridations artistiques. Il délaisse ici son personnage de HYC pour faire entendre des interrogations profondes à l'accent mi-pataphysicien mi-absurde dans la bouche d'acrobates. Les corps rebondissant, chutant, escaladant, prennent en charge une logorrhée existentielle. La fluidité des mots et la tension des corps se répondent. Un travail expérimental séduisant, même si la « profération » ne convainc pas toujours. Enfin, le trio suisse Metzger/Zimmermann/De Perrot dont nous avons déjà parlé (voir semaine dernière) présente jusqu'au 27 juin, Janei, fable muette sur l'oppression et le pouvoir.

Terre de cirques, jusqu'au 27 juin, au Parc de la Villette. www.villette.com


Naly GERARD,
Publié le 2004-05-24

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : cirque,
Mot(s) Important(s) : festival, cirque, création,
Artiste(s) : Naly GERARD (rédacteur), Philippe Ménard (clown), Camille BOITEL (clown), Mathurin BOLZE (clown),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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