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Les corps détroussés de Christian Rizzo
Et pouquoi pas: 'bodymakers', 'falbalas', 'bazaar', etc., etc...?
Avec Et pouquoi pas : 'bodymakers', 'falbalas', 'bazaar', etc., etc...?» Christian Rizzo tisse les signes dans un va et vient constant entre références populaires et savantes, entre culture pop et culture underground.
Le visage de tes interprètes est dissimulé, ce qui retire un élément essentiel à l'identification des corps présentés: peut-on parler de masque?
Christian Rizzo: Ce serait un masque qui annule le visage. Je ne voulais pas que les quatre interprètes (Cédric Courtois, Donata d'Urso, Matthieu Doze et Pascale Paoli) soient identifiables pour que le spectateur se préoccupe des attitudes de corps. Quand on regarde un danseur, on s'attache énormément à sa présence au travers des expressions du visage. Je voulais un état de présence qui se cherche, rendu visible par le corps presque en ôtant la tête. Sans visage ni regard, est-ce qu'une émotion peut transparaître dans une tension articulaire ou musculaire, dans une posture. Le projet est parti d'une idée sculpturale: j'avais envie de traiter les corps comme un matériau qui se modèle lui-même, un matériau sur lequel j'interviendrais pour en faire un corps qui se cherche, plus hybride. Au départ, je voulais que les visages soient apparents mais sans regard, avec de grosses lentilles noires qui recouvrent tout l'œil; l'idée était que ces corps soient là pour être observés sans qu'eux-mêmes puissent porter un regard sur le lieu dans lequel ils sont. Cette plaque au centre remplit la fonction d'une focale, il y a peu de regards dirigés vers l'extérieur. Je veux provoquer chez le spectateur un regard concentré sur les attitudes de ces corps en tension.
J'ai vraiment envie de travailler le visage, mais pas dans ce projet. Et pourquoi pas...arrive après 100% polyester, un projet dans lequel il n'y avait pas de corps. J'avais envie de réintroduire la matière vivante tout en gardant encore une chose absente et retirée. Masquer permet de jeter un trouble quand les interprètes se changent: ils exécutent une succession de passages mais ils pourraient aussi être vingt à n'en faire qu'un. Cela rend aussi plus difficile l'identification du genre (masculin ou féminin). Ce ne sont pas des masques expressifs mais des cagoules, ils sont comme quatre terroristes qui ne veulent pas montrer leurs visages. Je voulais ouvrir la pièce en provoquant un questionnement autour de ces identités secrètes et mystérieuses. C'est lié à l'imaginaire des super héros, à leur double identité. Cela rejoint aussi l'idée même du spectacle lorsqu'un interprète endosse l'identité d'un personnage. La présence du visage ou d'un vrai masque, c'est-à-dire expressif, va vers la création d'un personnage. J'ai voulu évacuer le personnage en privilégiant l'idée d'une figure plus mentale, plus composite. En l'absence de visage, chacun des spectateurs dispose d'un espace de projection.
Tu présentes ces figures comme des «corps détroussés», qu'est-ce que cela veut dire?
Lorsque j'opère cette dissection en images, je présente des corps déguisés ou travestis. Il ne s'agit pas de tenir un propos social mais de construire des figures mentales afin de révéler les mythes qui peuvent nous habiter. Je détrousse un corps et je révèle un centaure. Des corps nus les uns à côté des autres ne sont finalement pas si différents. Lorsqu'on rêve, les corps sont plus complexes, certaines parties sont omises, d'autres au contraire prennent une importance disproportionnée. Je me place dans cette perspective en accompagnant certaines parties du corps avec un accessoire, je les fétichise en quelque sorte, ce qui permet de leur donner un sens différent. Montrer un corps détroussé c'est aussi montrer à quoi il ressemble à l'intérieur.
David BERNADAS,
Publié le 2002-02-25
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : entretien
Thème(s) : mode, performance, installation, danse,
Mot(s) Important(s) : corps, masque, identité, objet, vêtement, lenteur,
Artiste(s) : David BERNADAS (rédacteur), Christian RIZZO (chorégraphe), Matthieu DOZE (danseur), Cathy OLIVE (éclairagiste), Pascale PAOLI (danseur), Donata D'URSO (danseur), Cédric COURTOIS (danseur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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