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Fragments d'une genèse


«Genesi, from the museum of sleep»



Depuis vingt ans, la Socíetas Raffaello Sanzio ne cesse d'interroger les mythes et de bousculer la «représentation» dans le chaos de ses visions catastrophiques. Ils sont à nouveau présentés cet été à Avignon, avec «Genesi, from the museum of sleep».


La Socíetas Raffaello Sanzio délaisse la primauté du texte, travaillant l'espace et la présence des corps comme métaphore du refoulé. Genesi, from the museum of sleep, puise son inspiration dans la langue des commencements: la Genèse.«La découverte de la radioactivité», «Auschwitz», «Caïn et Abel»: en trois actes qui transcendent le temps, la Socíetas dit l'indicible. Fragments d'un théâtre organique.


Au commencement
La genèse commence par nous, modernes, à l'origine. Nous sommes à Vienne, au coeur de l'Europe civilisée, dans les salons de l'Académie des sciences. Marie Curie vient de découvrir la radio-activité. L'art des savants manipulateurs qui jouent de la matière comme on joue sa vie sur un coup de pistolet. Lucifer est là, vêtements d'apparat et chapeau haut de forme, le premier à venir lui rendre hommage. Discours de Lucifer à l'homme, il redit les premiers mots de dieu, les tout premiers, ceux de la Genèse, ceux qui ont fait naître le monde. Ses mains démesurément longues accouchent les mots de dieu, à dieu livrés. Les mots accouchent la matière. Et maintenant la matière, grâce au radium, est devenue l'égal de dieu - elle fabrique en elle-même sa propre énergie. Porteur de lumière: c'est le nom même de Lucifer.
Il quitte son pupitre, laisse vesture. L'espace se nudifie, comme lui, Lucifer, maigre et long comme ses mains. Passe maintenant la porte étroite, dans un terrible vacarme. Il est Adam, Lucifer, le premier des hommes, le premier à «faire» un monde à partir du monde, pour le bien et pour le mal. Car l'arbre de la connaissance, celui que l'homme dans l'Eden ne devait pas approcher, on oublie trop souvent son nom véritable: l'arbre du bien et du mal.
Adam peut commencer à peupler son désert, générations de monstres et de cadavres sechés. L'épreuve peut commencer: le corps de l'homme bat et plie, prêt à toutes les courbures et capable de toutes les amputations pourvu que la vie dure - l'arbre de la vie éternelle est le deuxième arbre du paradis, on l'oublie souvent. Et rien dans la Bible ne dit si l'homme y a touché. Le corps plie, tord mais tient bon, pleine vie, désespéremment vivante.

Bruno TACKELS,
Publié le 2000-07-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : mythe, espace, corps, organique, chaos,
Artiste(s) : Bruno TACKELS (rédacteur), La Societas Raffaello Sanzio (compagnie de théâtre),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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