Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

«l'art est lent, la beauté est lente»


Entretien avec Jan Lauwers



Plasticien d'origine, Jan Lauwers ne peut comprendre que «le théâtre en soit encore à un certain naturalisme». Il évoque ici sa mise en scène de King Lear et sa recherche «d'images qui se consument dans la mémoire».


Dans son dernier ouvrage, Georges Didi-Huberman écrit notamment: «Il est évident que la confection des oeuvres d'art comporte beaucoup d'éléments de cruauté et d'assassinat, car toute forme précise est un assassinat des autres versions». Avec votre compagnie, la Needcompany, vous mettez aujourd'hui en scène un King Lear , et votre adaptation de la célèbre pièce de Shakespeare est radicalement novatrice. Alors, cette mise en scène peut-elle être considérée comme un assassinat de précédentes versions de Lear?
Jan Lauwers: Je ne connais pas toutes les versions précédentes! Quand j'ai commencé à faire du théâtre, je n'en avais pratiquement jamais vu. J'ai plongé dans le théâtre par frustration vis-à-vis de l'art visuel, à la fin des années 70, en réaction à l'emprise des arts conceptuels. On ne pouvait plus faire du dessin ou de la peinture, alors que je m'y exprimais avec une certaine virtuosité. . . Il m'a fallu dix ans pour réaliser que la virtuosité n'est pas un but en soi. Et dans mon théâtre, je cherche toujours à détruire cet aspect de virtuosité. C'est pour cela que j'aime travailler avec des acteurs qui ne seront jamais des «stars». . .


Vous avez toujours intégré du mouvement dans vos spectacles. Mais jusqu'à présent, vous étiez assez réticent sur la pertinence dramaturgique que pourrait avoir la danse de façon autonome. Or, dans votre King Lear , certaines séquences relèvent d'une écriture strictement chorégraphique.
Oui. Ce sont des moments de respiration. C'est la première fois que les danseurs ont travaillé sans moi, avec une part chorégraphique confiée à Carlotta Sagna, après cinq ou six années de collaboration. C'est une chorégraphie dans le contenu même de Shakespeare, qui en souligne le contenu au lieu de le ravir. Pour ma part, je ne suis pas chorégraphe, je travaille toujours avec des images, alors que Carlotta Sagna travaille sur le mouvement.


Shakespeare est le seul classique que vous ayez jamais mis en scène. Pourquoi cette focalisation exclusive?
Je ne sais pas. . . Je suis en train de changer, mais j'ai toujours pensé que le théâtre était médiocre, que la peinture, et même la danse, avaient une plus grande valeur. Dans le théâtre, je me suis toujours méfié de cette perversité à utiliser la langue, les images. . . Mais je fais du théâtre depuis quinze ans! Dans chaque spectacle, j'essaie toujours de créer des images qui se consument dans le cerveau, le temps que la mémoire commence à fonctionner. C'est quoi, une image? Une image est là quand on ne voit plus l'image. . . Quand on sort du théâtre ou du musée, si la mémoire a fonctionné, c'est après que l'on commence à réaliser ce que l'on a vu. Quand la mémoire commence à fonctionner, ça devient de l'art. C'est aussi pour cela que j'ai choisi Shakespeare, parce que je peux travailler avec le plus grand des auteurs, mais avec une distance de quatre cents ans, entre ses textes et nous, qui me permet de ne pas être trop révérencieux. J'ai toujours de grands problèmes avec des textes modernes.

Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2001-04-01

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : classique, image, art plastique, beauté, interprète,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur), Jan LAUWERS (metteur en scène), William SHAKESPEARE (auteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

A voir :