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Joseph Beuys WANTED
L'artiste et son secret, tout près de la tombe de Gengis Khan.
Ces lignes ont été écrites voici huit ans, à la mort de Joseph Beuys, et prétendaient seulement deviner quel pourrait être le profil du successeur.
«Officiellement je suis mort. J'ai vécu trente années dans la boue... On dit que je suis un criminel parce que j'ai travaillé pour les nazis. En réalité, je n'ai rien à voir avec la politique; je suis un artiste, et à cause de mon talent, j'ai reçu de grandes commandes. Voilà tout...
...L'Allemagne est coupable. L'Allemagne n'a pas raison. Je ne peux plus exposer parce que je suis coupable. Depuis trente-cinq ans, je ne peux pas exposer, parce que je suis coupable. Et si quelqu'un m'injurie dans la presse ou dans quelque autre lieu, il m'est impossible de me défendre, parce qu'il n'y a pas de juge assez audacieux pour me faire justice. Pour mon gouvernement je suis mort; et pour tout le monde je suis un homme qui a eu tort: un vaincu. Je suis un vaincu...»
(Arno Brecker, Mémoires)
«Il vint à lui, et les siens ne le reçurent point», dit l'Evangile de Jean.
L'ambiguïté -comme on sait- est l'un des attributs les plus déconcertants et troublants des prophéties et des augures. Ainsi, les juifs s'attendaient à un Messie bien différent, armé et libérateur, et ne le reconnurent point. Macbeth attendait incrédule une armée d'arbres, et la forêt de Birnam se mit en marche... Les prophéties «médisent» et les augures «confondent».
Dans l'Allemagne frénétique des années vingt, de nombreux et excellents citoyens annoncèrent leur attente d'un sauveur il vint en effet, et les mena à la mort.
Nous ne saurons jamais si Beuys se croyait prédestiné à succéder à tous ceux qui portèrent sur leurs épaules le destin tragique de la nation allemande cette métaphore frémissante du destin de tous les hommes.
Enfant, à Kleve, Beuys s'était senti profondément ému par la lecture de la saga des tartares et par les exploits étonnants de son chef Témudjin. Gengis Khan, Empereur de tous les hommes. Beuys jouait aux tartares avec ses camarades, et en 1929, à huit ans, ces jeux devaient avoir pour site la tombe simulée de Gengis. Deux ans plus tôt, un journal de Londres avait donné la nouvelle, démentie plus tard, que le professeur Kozloff avait découvert la tombe du premier Khan près de Kara Khoto, au sud du désert de Gobi. Mais la tombe de Gengis n'a pas été retrouvée, et elle ne le sera probablement jamais. Elle dut être creusée dans une forêt, près d'un arbre respectable, et avec le temps, les racines des arbres environnants détruisirent tous les ossements.
Les jeux enfantins de Beuys à côté de la tombe de Gengis Khan furent certainement prémonitoires. En 1943, grâce à un dangereux accident d'avion, Beuys venait à tomber entre les mains des Khan, tartares soumis de Crimée, descendants de cette magnifique et redoutable Horde d'Or qu'avait fondée Batu, fils de Juchi, le fils aîné malheureux de Gengis Khan. Ils le soignèrent, le couvrirent de graisse, l'entourèrent de feutre et l'enterrèrent dans la forêt, d'où il sortit au bout de quelques jours, transfiguré.
VIE / OEUVRE, dit Beuys en 1964.
Angel Gonzalez,
Publié le 1994-07-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : texte d'artiste
Thème(s) : art plastique,
Mot(s) Important(s) : autobiographie, enfance, culpabilité, littérature,
Artiste(s) : Joseph BEUYS (plasticien), Angel Gonzalez (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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