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Stéphanie Aubin, au bonheur des villes


Ex'act



La chorégraphe marque son arrivée à la tête de la Scène nationale de Reims, d'une pièce à grand effectif, contaminée par une flottante légèreté. Dans cet enjeu, tout autant il y a jeu.


L'enjeu est de taille, répété à l'envi: Stéphanie Aubin est (le) la première chorégraphe nommée à la tête d'une scène nationale. Après une année de mise en place dans la fonction, sa nouvelle pièce Ex'act vient signer artistiquement ce tournant dans sa carrière.
De sa danse à tableaux et images, on retiendra particulièrement cette scène où au milieu de nombreux Rémois invités sur le plateau, l'un des interprètes traverse la scène de jardin à cour, répétitivement à un rythme tranquille et imperturbable. En même temps, l'un de ses compagnons tente tout aussi inlassablement d'entraver cette marche, la retenir, la déranger, sans y pouvoir. Dans ces pas brouillés, obstinés, maîtrisés, arrachés, acceptés, refusés, au contact d'une foule entière, il y a métaphore de la place de la danse, mouvement irrépressible et réfléchi qui se forme dans la rumeur du monde, nonobstant la contrariété de l'Autre.
Mais chez Stéphanie Aubin, ce mouvement reste plaisant et élégant. L'entrave est plutôt facétieuse. La ville rencontrée n'est pas celle de tous les traumatismes, mais plutôt d'une humanité à partager. Les neuf interprètes y sont jeunes, porteurs d'un goût du temps qui rend la danse vive et enlevée, impeccable d'énergie des bustes tournoyants, bassins sautant à se décrocher le cul, tout à corps jetés, lancés, renversés jusqu'à taquiner le vertige du déséquilibre. Au vrai, cette danse est belle, qui court au fil d'une pièce bel objet.
Car Ex'act flotte avec légéreté, dans une dynamique de contamination, de module à module. On ne crée pas une pièce quand on dirige une institution, comme on le fait à l'abri du processus clos d'une compagnie. Confrontée aux mille tâches de sa fonction directoriale, Stéphanie Aubin a éclaté la logique de sa direction chorégraphique sur onze rendez-vous d'une semaine étalés toute une année durant, les danseurs réunis en trio après trio. D'où une multiplicité de brefs modules (solos et duos tout autant) vite portés et nourris au contact des publics de la sensibilisation artistique dans un chef lieu de province (lycéens, femmes maghrébines, simples passants, etc. . .)
Toutes ces matières vivantes, portées par les interprètes avec une particulière logique d'autonomie, n'ont été rassemblées que tard, dans les toutes dernières semaines du processus. Alors rechorégraphié par des lumières vibrées, condensées, balayées, tassées, griffées -splendides en fait- l'ensemble se montre fluctuant et allègre, comme une nouvelle jeunesse frottée au bonheur des villes. On n'a pas dit à la rudesse des cités; ni aux angoisses du temps.

Gérard MAYEN,

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : villes, danse, institution, marche,
Artiste(s) : Gérard MAYEN (rédacteur), Stéphanie AUBIN (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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