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Samuel Rousseau, exposition
Papiers peints vidéos
Ce jeune «créateur multiconcept» recouvre les murs de papiers peints numériques.
Dans l'école des Beaux-Arts de Grenoble où, étudiant, il a commencé à explorer le support vidéo, le plasticien Samuel Rousseau a recouvert les murs de papiers peints numériques. Ces oeuvres, aboutissement d'un travail sur la matière de l'image vidéo, s'accompagnent d'une dizaine de sculptures et d'installations de ce jeune créateur multiconcept, comme il se définit lui-même. Les cassettes vidéos, consultables en libre-service (il y tient), des sculptures déroutantes, et les pièces les plus récentes tissent le parcours d'un explorateur qui ne s'interdit aucune direction. «Je n'ai pas de démarche définie, revendique ce chercheur un brin libertaire. Je reste dans la surprise, j'attends de m'étonner moi-même».
Une constante lisible de sa démarche est sa dimension profondément poétique. A travers quelques détails, Samuel Rousseau fait surgir une vision décalée de la réalité. Son approche inattendue d'éléments du quotidien trouble notre regard: il immortalise d'étranges fleurs aux pétales de flammes et frôle le merveilleux quand il introduit l'image d'un poisson rouge à l'intérieur d'un oeuf d'oiseau. L'artiste grenoblois aime aussi faire se télescoper des univers apparemment antinomiques. Il a fait broder les dessins d'authentiques tatouages de marins sur de délicats napperons de dentelle et fait tailler des Kalachnikovs dans du polystyrène. De ces analogies surprenantes, de ces mariages incongrus naissent des images multiples qu'il revient à chacun d'interpréter. Car Samuel Rousseau a cette qualité de ne pas dicter le sens de ses oeuvres, mais de proposer des possibilités, des ambiguïtés. «Je veux rendre la liberté aux gens qui voient mon travail» affirme-t-il.
Héritier de Dada et Fluxus, Samuel Rousseau fuit la sclérose produite par les dogmes et le consensus, explose les frontières entre les catégories (artisanat, art brut, art vidéo. . .). L'insolite et l'humour ne servent pas chez lui de nez rouges sur des oeuvres réductibles à l'anecdote. En filigrane des facéties de Samuel Rousseau, on peut lire une critique de la fascination pour la technologie, un scepticisme salutaire et une ironie réjouissante.
Dans ses derniers travaux, il utilise l'image vidéo dépourvue de son, comme une matière à modeler, qu'il inscrit dans des endroits aussi insolites que des canevas de laine aux figures naïves du meilleur goût kitch. Sur les murs, les papiers peints vidéos, espèces de fresques psychédéliques, présentent un pouvoir hypnotique. Les motifs animés, répétitions d'ustensiles de cuisine et de légumes, ou de fleurs, bousculent le statut même d'oeuvre d'art. Confondues avec l'architecture, ces images oscillent entre la nature de décor et celle d'oeuvre à part entière. Ses papiers peints poussent à l'extrême le principe de faire entrer l'art dans la vie, quitte à le confondre avec l'espace et à vivre «à l'intérieur» de l'oeuvre. . . Car Samuel Rousseau rêve de voir un jour ses projections intégrées à un espace domestique réel. «Tant qu'elle restera dans un musée, cette oeuvre ne sera pas finie» explique-t-il.
En attendant, dans quelques mois, les papiers peints vidéos seront exposés dans un lieu particulièrement approprié: le Musée de la tapisserie et du papier peint de Mulhouse. Les tapisseries vidéos «taillées» sur mesure y trôneront naturellement aux côtés des papiers décoratifs des siècles derniers. Le décalage ainsi produit promet d'être intéressant. . .
Samuel Rousseau, Papiers peints vidéos, jusqu'au 5 avril à l'école supérieure d'art de Grenoble. 25, rue Lesdiguières. : 04 76 86 61 30
Naly GERARD,
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : critique
Thème(s) : vidéo,
Mot(s) Important(s) : vidéo, polysémie, décalage, kitsch,
Artiste(s) : Naly GERARD (rédacteur), Philippe Rousseau (vidéaste),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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