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Des formes ouvertes et malléables
Pour Boris Charmatz, «la danse devrait être une pratique d'investissement de tout ce à quoi le corps peut toucher». Une hétérogénéité revendiquée, que mettent en oeuvre les multiples projets de l'association Edna.
Votre travail s'inscrit, depuis vos premières pièces chorégraphiées - À bras le corps, Les Disparates, Aatt enen tionon, Herses - jusqu'à Con Forts Fleuve, qui en serait le paroxysme, dans une stratégie scénographique et kinésiologique de mise à mal des idées reçues sur la danse et de son inscription, tant physique que mentale, dans les lieux de théâtre. Après la création de Con Forts Fleuve, vous avez produit une série de projets pédagogiques et artistiques qui, à rebours, cherchent à proposer des ouvertures et interrogent la manière de représenter le corps.
Boris Charmatz: Il s'agit moins d'une structure de production que d'un partage nécessaire de mon temps. Et il ne s'agit pas de données successives d'un ensemble de projets alternatifs qui viendraient en aval des spectacles: ces projets sont tissés en parallèle à l'élaboration de certaines pièces «chorégraphiques» au sens propre. Par exemple, l'exposition temporaire Statuts (2001) s'est construite à la suite de la performance installation produite par Gilles Touyard Programme court avec essorage (1999), performance elle-même dans la continuité d'une session autour de notions comparées de «pratique» en danse et en arts plastiques organisée à Grenoble en 1997 dans laquelle il intervenait. Cette session est venue du travail antérieur que Gilles Touyard avait mené sur les scénographies de Aatt enen tionon et Herses (une lente introduction). . . Et la question de ce que les arts plastiques font à la danse et réciproquement était déjà posée dans la pièce «Les Disparates» (1994), co-écrite avec Dimitri Chamblas dans laquelle nous confrontions la masse hermétique d'une sculpture de Toni Grand à l'agitation finie du danseur !
Des projets tels que les «Hors-Série», «Statuts» ou encore «Éducation» ou «Ouvrée», permettent, tant aux artistes avec lesquels je collabore qu'aux spectateurs, de se positionner différemment et d'avoir autrement accès aux oeuvres et aux problématiques qu'elles sous-tendent.
Si ces projets et les pièces ne sont pas de même nature et, de fait, mettent en avant une hétérogénéité revendiquée, je ne les sépare pas. Statuts pose la question du corps articulé autour de Programme court avec essorage.Dans le contexte du spectacle vivant, cette pièce peut être lue comme une (métaphore de la lutte du corps contre la machine, car Julia Cima et moi-même devons lutter contre une force centrifuge très forte) performance du corps contre la machine et de sa résistance physique à la force centrifuge, mais dans le cadre de Statuts c'est le geste très particulier d'un artiste plasticien qui est souligné: Gilles Touyard nous met sur un socle pour mieux nous déboulonner. Le Statut de la présence corporelle est chamboulé de manière radicale.
Alexandra BAUDELOT,
Publié le 2002-04-01
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : entretien
Thème(s) : danse,
Mot(s) Important(s) : pluridisciplinarité, spectateur, vidéo, danseur,
Artiste(s) : Boris CHARMATZ (chorégraphe), Alexandra BAUDELOT (rédacteur), Dimitri Chamblas (chorégraphe), Julia CIMA (danseur), Myriam Lebreton (chorégraphe),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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